Pour se parler en petit ou grand comité, WhatsApp et Telegram sont plébiscités par les équipes de campagne des candidats à la présidentielle française 2017. Mais les mails et les SMS restent encore largement employés.

La campagne présidentielle de 2017 n’a rien à voir avec celle de 2012 du point de vue des outils utilisés au sein des équipes des principaux candidats. Exit l'utilisation quasi exclusive des emails et SMS qui prévalait il y a cinq ans, place à une multitude de moyens de communiquer.

“Nous utilisons différents canaux qui varient selon les situations”, affirme le responsable du pôle numérique du Front national, qui ne nous en dira pas plus, ne souhaitant “pas communiquer sur ces sujets”. Un proche de l’équipe de Benoît Hamon explique : “On utilise tous les outils, on n'a pas d'outils privilégiés : WhatsApp, Telegram, Google Drive... Par email aussi”. Mais il n'a pas souhaité s’étendre.

“C’est une affaire de bonnes pratiques"

L’équipe d’Emmanuel Macron assure peu utiliser les SMS et diversifier les outils numériques pour éclater les conversations. Son mouvement, En marche !, a affirmé avoir dû faire face à près de 4 000 attaques venant d’Ukraine et de Russie sur ses bases de données, ses emails et son site Internet. Du côte du camp de François Fillon, on utilise cependant encore pas mal les SMS, affirme le porte-parole du candidat LR, le député Bernard Debré, mais aussi des “forums maison” ou encore WhatsApp.

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Une multitude de supports exige de prendre très au sérieux les enjeux de sécurité. “On a des circulaires qui recommandent de changer les mots de passe, une pratique partagée, et il s’agit d'être conscient que tout outil est par nature piratable”, commente Sitbeth Ndyaie, une des responsables presse d’Emmanuel Macron. “C’est une affaire de bonne pratique. On a fait des formations. Pour qu’ils utilisent de bons mots de passe, qu’ils se déconnectent à chaque fois quand ils ont un portable, au cas où leur ordinateur serait volé”, affirme Guillaume Royer, le responsable des outils informatiques de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, candidat du mouvement La France insoumise.

Telegram pour chauffer les meetings

L’application de messagerie cryptée WhatsApp figure parmi les chouchous des candidats. La France insoumise, Les Républicains mais aussi En marche ! assurent l'utiliser. Europe écologie Les Verts (EELV) y a fait pousser différents groupes de discussion : “Un avec les porte-paroles du parti, un autre avec Yannick Jadot, et un autre personne qui discute de stratégie et d’actualité.”

L’application Telegram, créée par des Russes et prisée pour sa confidentialité, est aussi plébiscitée. Une vidéo d’un proche de la France insoumise, qui s'est inscrit dans la "Team ambiance" du candidat Macron via son site Internet, a montré dernièrement comment l’équipe d’En marche ! l’utilisait pour communiquer avec ses militants censés “chauffer la salle” des meetings (voir ci-dessous à partir de 7'00).

L’équipe de Jean-Luc Mélenchon affirme s’en servir également beaucoup en interne, comme celle de Benoît Hamon.

Les messageries classiques semblent avoir encore la cote

D’autres applications, particulièrement prisées des entreprises, comme Slack ou Trello, sont peu citées par les équipes des candidats, hormis par leurs équipes de développeurs. Guillaume Royer utilise un clone libre de Slack, qui s’appelle Mattermost (logiciel libre, on s’attache à utiliser du libre) pour communiquer avec les développeurs bénévoles, tout comme l’équipe de développeurs d’Emmanuel Macron. Trello est cité par Alexis Braud, le directeur de campagne de Yannick Jadot, et par Mounir Mahjoubi, responsable de la campagne numérique d’Emmanuel Macron.

"On a arrêté avec les listes de discussion par email”

Les notes sur des sujets thématiques, préparées par les experts, sont transmises au candidat via Google Drive chez EELV, et sur papier ou par email chez Mélenchon, Fillon ou Macron, ce dernier lisant ses notes de préférence “sous format imprimé”. Pour travailler à plusieurs sur des notes, l’équipe de Jadot utilise l’éditeur de texte collaboratif Framapad.

Mais hormis chez EELV, où l’on a “arrêté avec les listes de discussion par emails”, les messageries classiques semblent avoir encore la cote. Si Jean-Luc Mélenchon, qui a innové dernièrement en organisant un meeting en hologramme, “n’a jamais été allergique aux nouvelles technologies”, estime Juliette Prados, son attachée de presse de campagne, “il fonctionne par email”. Guillaume Royer (team Mélenchon) explique avoir développé un outil maison d’envoi d’emails en masse, à partir de logiciels libres. Les outils du type Mailvelope, qui permet de sécuriser encore plus les envois de emails, sont rarement utilisés.

“Yannick est complètement autonome”

Ce qui tranche avec cette campagne, par rapport à la précédente, c'est l’emploi du smartphone en permanence, au moins à part égale avec l’ordinateur. Pour Alexis Braud (EELV), qui en est à sa troisième campagne, cette “grande migration de l’ordinateur vers le téléphone” est la grande nouveauté. Les technologies permettent de travailler encore plus facilement à distance, et d’être plus autonome. “Je pense qu’il y a des candidats à qui quelqu’un donne une pochette carton avec les notes imprimées de la journée. Yannick (Jadot, ndlr) sait que c’est sur le Drive. Il est complètement autonome, comme nous”.

“Au sein du QG on communique beaucoup en passant d’un bureau à l’autre"

Il n’empêche que les technologies n’effacent pas les discussions quotidiennes et les relations “en chair et en os”, insistent toutes les équipes. Les personnes qui entourent Emmanuel Macron sont toutes situées au même étage du siège de campagne, et l’on s’y “parle assez facilement”, explique Sibeth N'Diaye, chargée des relations presse du candidat. “Au sein du QG on communique beaucoup en passant d’un bureau à l’autre. On échange beaucoup, on se voit beaucoup, on lui donne des trucs en main propre, on n’est pas une grosse équipe !”, dit aussi l'Insoumise Juliette Prados.

Et on n'a pas trouvé mieux que le contact humain niveau sécurité, disent en chœur de nombreux acteurs de cette campagne 2017. Si l’on veut éviter de mettre du “scotch double face sur chaque ordinateur”, comme le suggère en plaisantant un membre de chez Macron, “le mieux, c’est de se parler”, complète Sibeth N'Diaye.

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