Passionné par l’actualité internationale et la cartographie, ce jeune ingénieur ukrainien a lancé Liveuamap depuis Dnipro, à l’est du pays. Le site permet de suivre en direct les conflits du monde sur une carte qui se met automatiquement à jour.

Dans un café de Kiev, en Ukraine, Rodion Rozhkovsky boit patiemment un thé d’argousier. Une boisson qui lui rappelle le chaud breuvage hivernal que lui faisait sa grand-mère, professeure de géographie. C’est elle qui lui a transmis son amour des cartes. Aujourd’hui, Rodion co-dirige Liveuamap, un média d’un nouveau genre.

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Sur une carte interactive, il montre en direct les différents conflits, guerres, rébellions et crises qui traversent le monde, de l’Est ukrainien à la Syrie en passant par le Yémen.

La guerre racontée par des algorithmes 

Avec des amis, devenus collègues, il a fabriqué un algorithme qui filtre les informations pertinentes postées sur Twitter. Le robot suggère aux éditeurs une géolocalisation qui est ensuite systématiquement vérifiée par des journalistes. Le résultat est saisissant. D’autant que les informations, très précises, sont archivées.

On peut par exemple suivre l’évolution de la ligne de front au Donbass heure par heure, et ce depuis le quasi commencement des affrontements entre l'armée ukrainienne et des séparatistes. Même chose en Syrie, où les territoires contrôlés par chaque belligérant sont signalés par une couleur.

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La situation en Syrie sur le site Liveuamap, le 9 février 2017.
Capture d’écran

Liveuamap est aujourd’hui consulté principalement par des internautes turcs, qui constituent environ 20 % de l’audience. Ils suivent avec une attention toute particulière la situation à la frontière syrienne, où l’armée turque appuie des factions rebelles contre l’organisation État islamique.

"La carte du savoir universel"

"Aujourd’hui le ‘UA’ de notre nom ne renvoie plus tellement à l’Ukraine, on aime dire que nous avons créé la Live Universal Awareness Map (La carte du savoir universel)”, s’amuse Rodion. Ouvertement idéaliste, il est convaincu que la connaissance chasse l’ignorance. Que sa carte pourrait aider les gens à mieux comprendre le monde, et donc à leur donner envie de le changer.

Impliqué dans le mouvement Maïdan en 2014, le jeune diplômé d’ingénierie mécanique s’est rendu plusieurs fois à Kiev pour participer aux manifestations. Depuis sa ville de Dnipro, à l’est du pays, il a ensuite remarqué que les médias étrangers faisaient de nombreuses erreurs géographiques sur l’Ukraine.

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Le site n’oublie pas l’Asie, ici le 9 février 2017.
Capture d’écran

“Je me souviens qu’au plus fort de la révolution, CNN avait placé l’Ukraine à la place du Pakistan sur une carte du monde”, explique-t-il. “Ca m’a donné envie de fournir une information juste aux observateurs étrangers et de les placer sur une carte pour davantage de clarté.”

Rodion passe ses journées à suivre tout ce que l’actualité a de plus sordide. Son algorithme de recherche filtre les tweets mentionnant les mots “bombe”, “explosion”, “attentat” ou encore “tornade”. Il connaît par cœur les cartes des points chauds de la guerre en Syrie et en Irak. Jusqu’à se plaindre du manque de précision du service cartographique de Google, “Google Maps”.

Des informations à la réputation solide

Il y a encore quelques mois, il utilisait ce fond de carte pour y ajouter les différents points d’actualité. Mais Google a changé ses conditions d’utilisation et lui réclame une somme importante d’argent pour pouvoir continuer à utiliser ses données. Il a donc décidé de passer sur OpenStreetMap, un service semblable mais “open source”, c’est à dire utilisable et modifiable par tous. Tout le monde peut ajouter des informations sur la carte, d’une nouvelle station de métro londonien à la traduction en français du nom d’un hameau syrien.

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Le front d’Al Bab, le 9 février 2017.
Capture d’écran

Gratuit, ce site présente néanmoins quelques inconvénients. “On a eu un problème récemment. Des Kurdes se sont amusés à renommer la rue principale d’Al-Bab ‘Öcalan-Assad'", du nom du leader du PKK, mouvement autonomiste kurde de Turquie. "Cela a rendu fous nos visiteurs turcs plutôt nationalistes. Ils nous ont accusé d’être pro-Kurdes et de laisser leur ennemis modifier les cartes pour faire de la propagande”, raconte-t-il avant d’expliquer que les fausses informations sont rectifiées rapidement par les éditeurs ou les contributeurs attentifs.

Reste que ses informations font autorité. “De nombreux journalistes nous écrivent pour nous remercier. J’ai même discuté avec le conseiller technologique de l’ancien Premier ministre turc (Ahmet Davutoglu, NDLR) qui m’a raconté qu’ils utilisaient notre carte pour suivre la situation en Syrie”, lance Rodion.

Faire barrage aux "fake news" 

Il réfléchit maintenant à lancer une formule sur abonnement, sans publicité et avec des images satellites très récentes fournies contre rémunération par Airbus. Il voudrait aussi développer de nouvelles cartes, notamment sur l’Afrique et la Colombie.

Avec cinq éditeurs-journalistes, cinq traducteurs, trois développeurs, un manager et le cofondateur de l’entreprise, il a pour ambition d’imposer un nouveau format. Il invite les internautes motivés à participer au projet et à montrer ce qui se passe près de chez eux. Objectif : tenter de contrer, par l’effort collectif, les “fake news” dispersées sur les cartes ouvertes au sujet du conflit syrien, ou dans les médias russes.

 – Cet article de Liselotte Mas, étudiante au Celsa en contrat d'apprentissage aux Observateurs de France 24, a été initialement publié sur le blog "Carnets d'Ukraine". Il a été reproduit ici avec son accord.

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