Benoît Hamon, l'outsider désormais favori, et Manuel Valls, qui a déclenché une "campagne totale" contre son rival, ont débattu une dernière fois mercredi soir avant le second tour de la primaire socialiste.

Le rendez-vous était attendu et s'annonçait musclé, mais comme pour le débat entre Alain Juppé et François Fillon lors de la primaire de la droite, les coups ont finalement été retenus, mercredi 25 janvier, à l'occasion de l'unique débat télévisé entre Benoît Hamon et Manuel Valls avant le second tour de la primaire de la gauche.

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L'ancien Premier ministre a bien attaqué celui qui est désormais le favori de cette primaire, en particulier sur le travail, le revenu universel et la laïcité, mais sans parvenir à le déstabiliser. Au contraire, c'est presque systématiquement Benoît Hamon qui est apparu le plus au point sur ses propositions. Que ce soit en citant le rapport de l'OCDE qui fait état de la raréfaction du travail, en soulignant les avantages à long terme du revenu universel, en particulier pour la réussite des étudiants dans leur cursus, ou en rappelant la philosophie de la loi de 1905 sur la laïcité, l'ancien ministre de l'Éducation nationale a fait preuve de pédagogie et n'a jamais reculé.

En revanche, Manuel Valls est parfois apparu hésitant, passant souvent par des chemins détournés – en rappelant des éléments de contexte ou en vantant les mérites de son bilan de Premier ministre – pour éviter de répondre rapidement aux questions qui lui étaient posées. Au final, la clarté de ses propos en a pâti.

Des divergences majeures sur la vision du travail

Comme lors des précédents débats, le revenu universel proposé par Benoît Hamon a donné lieu à de longs échanges entre les deux adversaires mettant ainsi à jour des projets de société différents. Benoît Hamon a ainsi estimé que son projet de "revenu universel" était une réponse à "la raréfaction du travail". Pour Manuel Valls, en revanche, verser un revenu à tous, sans condition de ressources, est synonyme d'"abdication" face au chômage : "C'est un message qui me paraît terrible : on renonce à la société du travail, on accepte le chômage", a-t-il dit.

À 300 ou 400 milliards d'euros par an pour un revenu universel généralisé, ce que souhaite à terme Benoît Hamon, "le coût est exorbitant" et synonyme de "plus de dette" et d'"augmentation de la fiscalité", a ajouté Manuel Valls. L'ancien Premier ministre s'est ainsi présenté en "candidat de la feuille de paye", reprenant une formule d'Arnaud Montebourg, face à Benoît Hamon, qui risque selon lui d'être "le candidat de la feuille d'impôt".

"Il ne s'agit pas seulement de faire rêver, il s'agit d'être crédible", a-t-il ajouté, jugeant que "tout ce que propose Benoît Hamon, sans augmenter les impôts, n'est tout simplement pas possible". Benoît Hamon a reconnu qu'en raison de son coût, une généralisation du revenu universel se ferait en plusieurs étapes à commencer par son instauration pour les 18-25 ans pour un coût de 45 milliards d’euros, "le même coût que pour le CICE". "L'option politique que je propose, elle ne vend pas du rêve, elle propose de la justice", a-t-il répliqué à Manuel Valls.

Deux conceptions de la laïcité

Alors que Manuel Valls a taxé cette semaine d'"ambiguë" la position de Benoît Hamon sur l'islamisme radical, le débat a pris une tournure assez vive mercredi soir lorsqu’il a été question des thèmes de la laïcité et du voile islamique.

"Notre rôle, c'est de ne jamais stigmatiser. Mais c'est de dire à ces femmes et ces jeunes filles, qui vivent cet ordre machiste que nous sommes là pour les aider à s'émanciper", a exposé l'ancien ministre de l'Intérieur. Rappelant que Benoît Hamon s'était exprimé contre la loi interdisant le port du voile intégral, en 2010, Manuel Valls a pointé du doigt le fait qu'un de ses porte-parole, Alexis Bachelay, avait organisé une réunion avec le Collectif contre l'islamophobie en France contre la prolongation de l'état d'urgence.

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"Là où une femme décide librement de porter le foulard islamique, et il en existe, peu importe ce que nous pensons, au nom de la loi de 1905, elle est libre de le faire, et moi je veux lui assurer cette liberté", a plaidé Benoît Hamon, citant... François Hollande : la laïcité, "c'est l'art de vivre ensemble".

Benoît Hamon a, par ailleurs, dénoncé sans les nommer ceux de son camp qui reprenaient les arguments du Front national contre lui sur cette question. "J'ai l'immense privilège comme Alain Juppé d'être moqué sur les réseaux sociaux avec des prénoms d'origine maghrébine ou arabe – là où moi, ça ne me choque pas (...)", a t-il dit. Manuel Valls a finalement semblé vouloir jouer l’apaisement en concluant : "Je ne prête aucune intention à Benoît".

D'autres sujets marquant des différences ont été évoqués dans la soirée. Sur la question de l'état d'urgence, Manuel Valls a regretté que Benoît Hamon s'oppose à sa prolongation. Ce dernier s'est jusfifié en expliquant qu'au-delà des premières semaines où il avait été mis en place, l'efficacité de l'état d'urgence était contesté par un rapport parlementaire publié sur le sujet.

Autre point de divergeance : le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Si élu président de la République, Benoît Hamon a affirmé qu'il stopperait le projet quand Manuel Valls souhaite sa poursuite.

En revanche, les deux candidats se sont tous les deux prononcés, en réaction à l'affaire Penelope Fillon, en faveur de l'interdiction pour un parlementaire d'employer un parent proche.

Ils se sont également retrouvés sur la dépense publique puisque ni Benoît Hamon, ni Manuel Valls n'entend faire des économies. Au contraire, le premier propose de ne pas respecter le pacte budgétaire européen limitant le déficit à 3 % du PIB, tandis que le second veut s'y tenir, mais ne pas chercher à se rapprocher des 0 %.

Mélenchon ou Macron ? Vers qui se tourner ?

Sans surprise, Benoît Hamon et Manuel Valls ont également été interrogés sur leur proximité avec Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, deux candidats à la présidentielle qui ont décidé de ne pas se présenter à la primaire de la gauche.

En se disant "dans la gauche et la gauche, elle comprend Jean-Luc Mélenchon", Benoît Hamon a laissé entendre qu'il se sentait moins proche d'Emmanuel Macron. "Ses propositions sur le travail ne relèvent pas d'une doctrine liée au progrès social. La gauche commence avec ceux qui se disent de gauche", a-t-il ajouté.

A contrario, Manuel Valls s'est dit "clairement au coeur des progressistes, depuis Benoît Hamon et Arnaud Montebourg jusqu'à Emmanuel Macron. Nous avons gouverné ensemble et nous sommes comptables de ce qui a été engagé depuis 2012", a-t-il d’ailleurs souligné.

Malgré cette différence, les deux candidats se sont engagés à soutenir le vainqueur de cette primaire, affirmant qu'ils en avaient "signé" les règles. Cette question a toutefois donné lieu à la dernière escarmouche du débat. "Attendons dimanche, moi je respecte les règles. D'ailleurs, j'ai toujours respecté les règles, ce qui n'a pas été le cas de Benoît ces deux dernières années", a lancé Manuel Valls dans une allusion au comportement de "frondeur" de son concurrent contre le gouvernement. "Respecter les règles, c'est respecter les programmes sur lesquels on a été élus", a répliqué Benoit Hamon du tac au tac. "C'est la gauche qui dresse toujours des procès en trahison", a enfin soupiré Manuel Valls.

 

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