Alors que Donald Trump a supprimé, entre autres, toute référence au changement climatique sur les sites du gouvernement, des groupes de citoyens américains tentent actuellement de sauvegarder un maximum de data de la pure disparition.

Des hackathons solidaires pour sauver quantité de data d’une potentielle disparition. La mise en place d’une base de données qui rassemblerait toutes les informations d’une ère antérieure à un gouvernement. Une copie de cette même base de données sauvegardée à l’extérieur du territoire.

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On pourrait croire à quelques grands axes scénaristiques pour un futur blockbuster d’anticipation. Sauf qu’il s’agit bien d’initiatives réelles, amorcées par plusieurs groupes citoyens aux États-Unis depuis qu’ils ont appris que Donald Trump allait être leur président pour les quatre prochaines années, au moins. C’est le site Quartz qui nous raconte cette improbable "course à l’archivage", dont le chronomètre est désormais lancé.

Depuis plusieurs semaines, les "hackathon de sauvetage", comme on peut les nommer, ont gagné les universités de tout le pays : Chicago, Philadelphie, Indiana… et même Toronto au Canada. Toutes ont vu se tenir entre leurs murs de longues séances d’aspiration de données récoltées sur EPA.gov, NASA.gov ou whitehouse.gov.

Au moment où le président prêtait serment, ils se sont réunis pour récolter un maximum de data

La dernière action en date de ces hackers-citoyens est sans doute la plus symbolique : au moment où le 45e président des États-Unis prêtait serment sur la Bible devant le Capitole de Washington, vendredi 20 janvier, 60 programmeurs et scientifiques se sont réunis au cœur du département des études informatiques, à l’université de Californie-Los Angeles, afin de récolter un maximum de data liée à l’environnement et tirée de sites Internet gouvernementaux. Parmi la centaine de plateformes Web concernées par ce hackathon, celles du département de l’Énergie solaire, de l’Agence d’information sur l’énergie et du Laboratoire national des énergies renouvelables. 

Durant des dizaines d’heures d’affilée, ingénieurs en informatique, hackers, data managers, océanographes, chefs de laboratoire ou encore archivistes se sont ainsi attelés bénévolement à "sauver" de grandes quantités d’informations sur l’écologie menacées, selon eux, par le gouvernement Trump, tout juste installé derrière le bureau ovale.

Disparition de la notion de "changement climatique" une minute après l’investiture

Ils étaient pourtant loin de penser que Donald Trump à peine investi – à midi exactement –, les pages Web concernant le changement climatique et répertoriées sur le domaine whitehouse.gov auraient tout bonnement disparu. "On est en train de faire une attaque cardiaque", confiait l’une des participantes à Quartz cet après-midi-là. "Ces quatre derniers jours, on a travaillé 22 heures par jour parce qu’on a su que ces changements précis étaient en train d’être effectués [par l’administration]", a-t-elle poursuivi. 

"Nous sommes inquiets de cette purge massive de données scientifiques que projette la nouvelle administration"

Dans les colonnes du magazine Forbes, James Conca, scientifique et contributeur régulier, fait part de sa grande inquiétude : "Nous, scientifiques des quatre coins du pays, sommes inquiets de cette purge massive de données scientifiques que projette la nouvelle administration", écrit-il.

Car s’il n’est pas inhabituel de voir certaines pages disparaître des sites Web de la Maison Blanche après un changement d’administration, la suppression de la notion de "changement climatique" est, elle, inédite. Mais elle n’est pas la seule : les contenus liés aux communautés LGBT, aux droits civiques, aux soins de santé et au handicap se sont eux aussi volatilisés dans la journée de vendredi.

Sauvegarder à l'étranger

Idéalement, les nombreux bénévoles engagés dans cette opération de sauvetage aimeraient publier chaque semaine un rapport faisant état des changements effectués sur les sites Web du gouvernement Trump, tout en les comparant avec ceux déjà en ligne avant sa prise de pouvoir.

Toutes ces informations sont actuellement transférées et organisées sur le site datarefuge.org, dont les fondements reposent sur l’application open source de stockage et de distribution de données CKAN (The Comprehensive Kerbal Archive Network). Une copie de cette base de données est également entre les mains de l’entreprise canadienne d’archivage Page Freezer, afin que l’une d’entre elles se trouve "en dehors des États-Unis", précise Quartz. Cette gigantesque masse d’informations sera ainsi conservée sur les serveurs dont la firme dispose en Europe.

C’est aussi grâce aux outils développés et mis à disposition par Page Freezer que les bénévoles pourront effectuer facilement, et de manière hebdomadaire, leurs comparatifs.

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