L’ancien Premier ministre a fait un score moins important que prévu. Comme Nicolas Sarkozy, Manuel Valls souffre d’une image autoritaire et clivante, et porte le bilan du quinquennat.

Il était pourtant donné grand favori par tous les instituts de sondage. Manuel Valls, ex-Premier ministre lancé tardivement dans la campagne, suite au renoncement de François Hollande, a arraché 31 % des voix, et la deuxième place du podium, face à son rival Benoît Hamon, qui remporte 36 % des suffrages, selon les estimations diffusées dimanche soir.  

Manuel Valls se qualifie pour le second tour mais la dynamique de campagne est en faveur de l’ancien ministre de l’Éducation. En cause, notamment, un effet “tout sauf Valls”, moins fort mais de même nature que celui enregistré par l’ancien Président de la République Nicolas Sarkozy, disqualifié dès le premier tour de la primaire de droite.

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Cet effet a été enregistré par de nombreux journalistes sur le terrain, présents dans les bureaux de vote tout au long de ce dimanche 22 janvier. Dans le 18e arrondissement de Paris, par exemple, les électeurs étaient nombreux à affirmer vouloir "faire barrage à Valls". “Beaucoup beaucoup de bulletins Valls dans la poubelle de mon isoloir…”, a fait remarquer une ancienne journaliste, tout comme un lecteur du Val-d'Oise.

Libération, Le Point ou Le Monde ont observé un effet similaire à Villeurbanne, Vénissieux, ou encore Audincourt, où il semblait “difficile de croiser un électeur de Manuel Valls”. Et ainsi de suite. "Il y a des bureaux où on a clairement manqué de bulletins Hamon", a fanfarroné l’équipe du candidat :

Un sondage de l’institut Harris Interactive semble confirmer ces observations, puisque 35 % des votants affirment avoir souhaité empêcher un autre candidat de se qualifier. “C’est une primaire de sanction, pas juste de sélection”, abonde le politologue François Miquet-Marty, président de l’institut de sondages Viavoice, joint par Mashable FR.

Valls l'autoritaire

Cet effet “tout sauf Valls”, comme il y eut un effet “tout sauf Sarkozy” lors de la primaire de droite, est d’autant plus frappant que les deux hommes partagent de nombreuses ressemblances, à tel point que le député de l’Essonne a pu être qualifié de “Sarkozy de gauche”. Comme Nicolas Sarkozy, il s’est donné une image autoritaire, en mettant l’accent sur les questions de sécurité et en s’imposant au poste de ministre de l’Intérieur dans les deux premières années du quinquennat Hollande. “L’affirmation des valeurs d’autorité peut être pertinente pour une campagne présidentielle de premier tour, mais sur des primaires on a des gens qui s’intéressent à la politique, c’est moins pertinent, car il n’y a pas les bataillons d’électeurs modestes”, estime François Miquet-Marty. Par contraste, Benoît Hamon a réussi à donner une image de sympathie et d’honnêteté, l’un des points clés de ce vote, selon Harris Interactive :

Valls le clivant

Comme Nicolas Sarkozy qui a couru après les voix du Front national, au risque de s’attirer les foudres des chiraquistes et des gaullistes du parti, Manuel Valls n’a cessé de cliver son camp. Naguère chantre de la mort du nom du Parti socialiste, l’ancien Premier ministre a suscité une levée de boucliers contre lui lorsqu’il a affirmé en février 2016 qu’il y avait deux gauches "irréconciliables". Il avait ajouté qu’il n’était pas imaginable pour lui de gouverner “avec ceux qui considèrent que François Hollande, c’est pire que Nicolas Sarkozy ou que Manuel Valls c’est pire que Marine Le Pen", ou bien "avec ceux qui font des meetings avec Tariq Ramadan", l’islamologue controversé. Sous-entendu : avec Jean-Luc Mélenchon et Clémentine Autain, deux figures à gauche du PS.

Valls et son bilan

Mais surtout, Manuel Valls a en commun avec Nicolas Sarkozy de porter, plus que tous les autres candidats de la Belle alliance populaire, le bilan du quinquennat. S’ils ont “des personnalités qui ont clivé chacun à leur manière”, ils sont surtout “deux personnalités qui portent les responsabilités du pouvoir”, estime l’historien du PS Alain Bergounioux, joint par Mashable FR.

Par contraste, avec des propositions originales et perçues comme neuves comme celle du revenu universel, et un positionnement plus nettement à gauche, Benoît Hamon a réussi à incarner le renouvellement. En le plaçant en tête, les sympathisants de gauche ont fait valoir leur préférence pour une refondation de la gauche sur de nouvelles bases. Enfin pour l’instant, car il reste encore à transformer l’essai. Et s’il a pour lui la dynamique de campagne et des reports de voix potentiellement importants avec le ralliement d’Arnaud Montebourg, rien n’est encore joué.

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