Dans le bassin du Congo, une zone marécageuse en Afrique centrale, des scientifiques ont découvert une tourbière qui a, au cours de milliers d'années, absorbé des milliards de tonnes de carbone.

Un grand marécage découvert récemment en Afrique centrale, contient l'équivalent de 20 ans d'émissions d'énergies fossiles aux États-Unis, selon des scientifiques.

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La tourbière, située dans le bassin du Congo – une zone plus large que l'état de New York – a accumulé à peu près 30 milliards de tonnes de carbone au cours des 11 000 dernières années, d'après une étude publiée mercredi 11 janvier dans le magazine Nature. Cette découverte fait de cet immense réservoir une question centrale pour les écologistes et pour les projections climatiques de la planète.

Une équipe de chercheurs congolais et britanniques a passé trois ans à travailler dans la région de Cuvette-Centrale pour trouver des échantillons à tester en laboratoire. Ils ont aussi analysé les données satellite pour estimer la dose de carbone stockée dans la terre.

C'est encore l'heure des découvertes

Il y a cinq ans, la plupart des scientifiques ne connaissaient même pas l'existence de ce marécage de plus de 150 000 m², considéré aujourd'hui comme la tourbière tropicale la plus grande du monde.

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UNIVERSITY OF LEEDS

"Son étendue sans précédent fait de l'Afrique centrale le lieu qui abrite la tourbière la plus grande et la plus complexe au monde", explique dans une déclaration Greta Dargie, géologue à la University College London (UCL) et co-auteure de l'étude. "C'est stupéfiant que des découvertes comme celles-ci puissent encore être faites."

"C'est stupéfiant que des découvertes comme celle-ci puissent encore être faites"

Les tourbières sont faites d'éléments végétaux, partiellement décomposés, qui s'empilent pendant des milliers d'années. Ce type de sol couvre à peu près 3 % de la surface de la Terre, mais contient plus de carbone que toutes les plantes et tous les arbres du monde.

Parce qu'ils absorbent et enferment autant de carbone, la destruction de ces lieux représente une grande menace pour le climat. En Indonésie et en Malaisie, où les fermiers nettoient les tourbières pour faire de la place pour leurs plantations d'huile de palme, le carbone qui s'en échappe chaque année équivaut aux émissions de 70 centrales au charbon, d'après le World Resources Institute.

En 2015, d'immenses incendies de tourbière en Indonésie ont fait du pays le 4e pays le plus émetteur de gaz à effet de serre cette année-là.

Les tourbières peuvent aussi sécher naturellement à cause d'une absence de pluie, ce qui arrive plus fréquemment à cause du changement climatique.

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ORLD RESOURCES INSTITUTE

"Si la tourbière du bassin du Congo était détruite, cela libèrerait des milliards de tonnes de dioxyde de carbone dans l'atmosphère", explique Simon Lewis, professeur à l'University of Leeds, au Royaume-Uni, et co-auteur de l'étude.

Pour l'instant cela dit, la tourbière de Cuvette-Centrale reste intacte et stable. Ces forêts marécageuses sont très éloignées et difficiles d'accès, et plusieurs communautés locales dépendent de cet environnement pour la pêche et la survie, selon Emma Stokes, qui dirige le programme Central Africa de la Wildlife Conservation Society (WCS).

"Il y a une certaine protection naturelle offerte à ces endroits", explique-t-elle à Mashable depuis Brazzaville, la capitale de la République du Congo.

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Une carte simplifiée de la tourbière du bassin du Congo : la forêt marécageuse (en rose), des eaux claires (en bleu), la savane (jaune) et d'autres types de forêt tropicale (verte)
UNIVERSITY OF LEEDS

La WCS travaille avec la RDC pour gérer la Réserve communautaire du lac Télé, une tourbière protégée légalement qui couvre plus de 4 400 kilomètres carré et possède une grande proportion de l'espèce des gorilles des plaines de l'Ouest. Le gouvernement envisage d'agrandir la réserve de près de 5 000 kilomètres carré supplémentaires.

Emma Stokes pense que cette nouvelle étude pourrait jouer un rôle crucial dans les futurs plans de développement des terres et les décisions économiques du gouverneent.

"Nous sommes dans une bonne position", a-t-elle dit. "Mais il y a forcément toujours un risque."

– Adapté par Charlotte Viguié. Retrouvez la version originale sur Mashable.

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