Pour contrer la fonte drastique des glaces en Arctique, une équipe de scientifiques propose de créer artificiellement des couches de glace sur la banquise en y plaçant des éoliennes pour refroidir l'air et faire geler l'eau.

Quand il n'a pas assez neigé dans les hauteurs, les stations de ski font tourner leurs canons à neige, et les pistes se couvrent alors d'une belle couche blanche propice aux sports de glisse.

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De la manière la plus simple possible – et pourquoi n'y avait-on pas pensé avant ? – des scientifiques proposent de faire la même chose en Arctique, pour lutter contre la fonte des glaces.

L'astrophysicien Steve Desch, enseignant à l'Arizona State University (ASU), a eu une idée merveilleuse : installer des millions d'éoliennes qui pomperaient l'eau dans l'océan Arctique, pour la faire geler plus vite à la surface et ainsi recréer de la glace. Et, à grande échelle, permettre la création et la survie de la banquise.

Créer de la glace, tout simplement

Vous nous direz "moi de la glace, j'en fais facile dans mon congélateur". Mais compte tenu de la superficie de la banquise en Arctique, vos glaçons seront plus utiles dans un verre de Coca.

De son idée, Steve Desch a fait un véritable projet. Il s'est associé à Christopher Grippi, un ingénieur, Hilairy Hartnett, une océanographe, et au Julie Ann Wrigley Global Institute of Sustainability. Ensemble, ils ont créé à l'ASU un cours, "Geodesigning the Arctic", mêlant leurs disciplines, afin d'imaginer un projet tangible, concret, budgétisé et cartographié, pour sauver la banquise.

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Dimensions de la banquise arctique en 2007 (zone blanche) comparée à ses dimensions moyennes pour la période 1980-2010 (ligne rouge). 2016 a enregistré la fonte la plus forte de la glace dans l'hémisphère.
National Ice And Data Center

La solution semble relativement simple : installer en Arctique 10 millions d'éoliennes posées sur des bouées et reliées à un système de pompe. Grâce à l'énergie du vent, la pompe irait chercher l'eau de l'océan Arctique, et la projeterait dehors, à la surface. La température étant bien plus froide dans l'air que dans l'eau dans cette région, l'eau gèlerait rapidement à son contact.

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Résultat (espéré) : renforcer artificiellement l'épaisseur de la banquise, et lui permettre ainsi de résister à la chaleur de l'été et du réchauffement climatique en général. Les conclusions de ce projet ont été publiées dans le magazine scientifique Earth's Future sous le nom "Arctic Ice Management".

Le cercle vicieux de la fonte des glaces

"Le changement climatique et les problèmes qui y sont liés sont tellement forts qu'ils nous paralysent dans l'inaction", décrit Steve Desch dans un article de l'université d'Arizona. Alors plutôt que d'espérer inverser complètement la courbe, il faut penser à des solutions à moyen terme. Limiter les symptomes plutôt qu'éliminer la cause, comme le décrit pertinemment Ars Technica.

"Le changement climatique nous paralyse dans l'inaction"

Car il ne faut pas penser que la banquise se forme simplement en hiver et fond en été. Avec le réchauffement climatique, la glace se forme plus lentement dans les périodes les plus froides, mais fond rapidement en été. La banquise devient plus fine, plus fragile, et sa dislocation en morceaux accélère sa fonte. De plus, en fondant, la glace libère du méthane qui est, tout comme le CO2, un gaz à effet de serre réchauffant l'atmosphère. En 2016, la banquise a atteint la superficie la plus basse de son histoire en période hivernale.

Bref, c'est un cercle vicieux. Et sans solution miracle, il faut bricoler. "On ne peut pas remettre le monde comme il était avant. Alors comment peut-on au moins résoudre une partie du problème ?", s'interroge Steve Desch.

Financer le sauvetage de l'Arctique

Seul problème : le coût. Selon les calculs des chercheurs et de leurs élèves, chaque éolienne pourrait pomper et projeter de l'eau à 100 m² autour d'elle. Pour couvrir une surface suffisante, il faudrait alors 10 millions d'éoliennes sur bouées.

L'installation de chaque éolienne coûtant 50 000 $, le projet est estimé à pas moins de 50 milliards de dollars par an... sur 10 ans.

Pour Steve Desch et ses collègues, cela reste faisable. "Nous pouvons faire de vrais progrès dans l'Arctique en mettant les gens au travail et en impliquant l'industrie, qui est partiellement responsable de ce changement à la base", explique l'astrophysicien.

"Peut-être que c'est une idée folle", admet Steve Desch. "Mais ce qui est vraiment fou, c'est de laisser la banquise en Arctique fondre sans rien faire."

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