Daryl David, quinquagénaire originaire de Chicago, a passé plus de 30 ans à sillonner les États-Unis pour copiner avec des membres du KKK. Après avoir croisé sa route, 200 d'entre eux ont fini par quitter l’organisation suprémaciste blanche.

Au cours des années 1980, il s’est décidé à partir à leur rencontre. Daryl Davis, musicien afro-américain retraité, fils de diplomate elevé à Chicago, a pris l’étonnante initiative de fréquenter des membres du Ku Klux Klan.

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En 2011, le musicien a ainsi raconté son histoire dans un livre : "Klan-destine Relationships: A Black man’s Odyssey in the Ku Klux Klan". Aujourd’hui, il est à l’affiche d’un documentaire sorti le 9 décembre "Daryl Davis, Race and America", présenté en avant-première au festival SXSW 2016.

Mais si Daryl Davis fait parler de lui partout aux États-Unis, c’est aussi parce que son histoire finit bien. Après une trentaine d’années passées à parcourir le pays à la rencontre de membres du KKK, 200 personnes ont fini par quitter l’organisation à l’issue de leurs échanges avec Daryl. En cette période troublée par des tensions raciales, un happy end comme celui-ci est la dose d’optimisme dont on avait bien besoin.    

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Capture d'écran YouTube

"Pourquoi me haïssez-vous alors que vous ne me connaissez pas ?"

Interviewé par la radio KPCC, Daryl Davis raconte avoir eu un premier déclic alors qu’il était le seul homme noir d’un groupe de country. Un soir, un homme blanc, membre du KKK, s’est approché de lui pour le féliciter d’avoir si bien joué. "C’est la première fois que j’entends un Noir jouer aussi bien que Jerry Lee Lewis", lui confie-t-il.

"C’est la première fois que j’entends un Noir jouer aussi bien que Jerry Lee Lewis"

"Je lui ai expliqué que Jerry Lee Lewis s’était inspiré du boogie-woogie et de pianistes de blues", a raconté Daryl Davis. Depuis cet échange, le musicien s’est mis en tête de poser une seule et même question à chaque membre du KKK qu’il croiserait : "Pourquoi me haïssez-vous alors que vous ne me connaissez même pas ?".

Après avoir discuté posément ou débattu vivement, le musicien a constaté que de nombreux membres, parfois haut placés dans l’organisation – à l’instar du Grand Dragon du Maryland –, avaient fait le choix de quitter le KKK. Dans un souci de préserver l'Histoire, Daryl Davis s’est même mis à collectionner l’uniforme de ces "déserteurs". "La musique a joué un rôle considérable, en permettant de construire des ponts face aux divisions raciales auxquelles j’ai été confronté", a conclu Daryl Davis qui dit avoir été inspiré par son père. "Je pense que tout part du fait que j’ai grandi avec mon père, un diplomate qui partait à l’étranger consolider les relations avec d’autres pays, j’ai juste appliqué cela à mon propre pays", assure le musicien.

Une initiative controversée

Loué par de nombreux médias, son travail demeure pourtant controversé. "On m’a traité de vendu, d’Oncle Tom, d’Oreo et de pleins d’autres surnoms horribles", regrette Daryl Davis. Sur Internet, sa démarche a été jugée déplacée par les membres du mouvement Black Lives Matter, quand certains internautes l’interpellent directement sur leur blog : "Désolée Daryl Davis, mais sympathiser avec des suprématistes blancs n’éradique pas le racisme systémique, pas vrai ?", écrivait ainsi Tamara White en avril dernier. 

"Arrêtez de perdre votre temps à vous incruster chez des gens qui ne vous aiment pas"

L’activiste Kwame Rose l’avait également égratigné après la projection de son film à Baltimore : "Infiltrer le KKK ne libèrera pas votre peuple, arrêtez de perdre votre temps à vous incruster chez des gens qui ne vous aiment pas, chez des gens qui veulent vous rabaisser. Les suprématistes blancs ne changent pas !", avait déclaré le jeune homme.

Des critiques qui laissent de marbre Daryl Davis, persuadé d’être parvenu à bâtir une amitié avec les anciens membres du KKK. Le musicien préfère relativiser : "Quand deux ennemis discutent, au moins, ils ne se battent pas."

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