Le photographe turc de 56 ans Burhan Ozbilici a eu le réflexe de capturer les images de l'assassinat d'Andreï Karlov, lundi à Ankara. Ses clichés ont fait le tour de la Toile. Dans un article ce mardi, le photographe d'AP raconte ce qu'il a vécu.

France 24 a choisi de ne pas diffuser les images montrant le cadavre du diplomate russe.

Lundi 19 décembre, le photographe de l’agence Associated Press (AP), Burhan Ozbilici, devait couvrir ce qu’il pensait être une séance de photos ordinaire avec Andreï Karlov, l’ambassadeur russe en Turquie, dans une galerie d’art d’Ankara.

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La journée aura été tout sauf routinière.

Dans un récit à la première personne publié sur le site de AP, mardi 20 décembre, Burhan Ozbilici revient sur les quelques instants au cours desquels il est parvenu à photographier en direct les images de l’assassinat de l’ambassadeur, ainsi que les instants qui ont suivi. L’ambassadeur Andreï Karlov, transporté à l’hôpital, a rapidement succombé à ses blessures. L’assassin identifié comme Mevlut Mert Altintas, un policier de 22 ans, a lui été abattu.

"J'ai fait mon job"

Burhan Ozbilici, aux premières loges de la scène, décrit la situation : "Les coups de feux, au moins huit, résonnaient très forts entres les murs immaculés de la galerie d’art. Le désastre s’est installé. Les gens criaient, se cachaient derrière les colonnes, sous les tables, d’autres étaient allongés par terre. J’avais peur, je me sentais perdu, mais j’ai trouvé une couverture parfaite derrière un mur et j’ai fait mon job : j’ai pris des photos."

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Une des photos prises par Burhan Ozbilici : le policier Mevlut Mert Altintas lors de l'assassinat de l'ambassadeur russe Andreï Karlov dans une galerie d'art à Ankara.
AP PHOTO/BURHAN OZBILICI

Ainsi, le photographe de l’agence AP a pu capturer les images de l’assassin juste après l’attaque. Plus tard, en regardant ses photos, Burhan Ozbilici remarquera sur l’une d’entre elle le tireur, debout derrière l’ambassadeur, et se dira déconcerté par son allure : "Il avait l’air d’un ami, ou d’un garde du corps", confie le photographe.

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L'ambassadeur russe Andreï Karlov pendant son discours lors d'une exposition à Ankara, quelques instants avant que le tireur, qui se tient derrière, n'ouvre le feu.
AP PHOTO/BURHAN OZBILICI

Burhan Ozbilici affirme avoir appris que l’assassin de 22 ans avait évoqué Alep et un désir de vengeance après avoir tiré sur l’ambassadeur. Mais sur le coup, le photographe n’a rien pu comprendre, il voyait seulement l’assassin "s’agiter" et parler en arabe. L’agence Associated Press rapporte qu’il a parlé en arabe puis en turc.

Une pensée pour ses "amis et collègues décédés dans l’exercice de leur profession"

Bouleversé, Burhan Ozbilici a rapidement compris l’ampleur de la situation : "Ça m’a pris quelques secondes pour réaliser ce qu’il venait de se passer : un homme venait de mourir devant moi, une vie venait de s’arrêter sous mes yeux."

Une fois les images de l’assassin, de l’ambassadeur et de la foule cachée immortalisées, Burhan Ozbilici a été escorté à l’extérieur avec d’autres personnes qui avaient elles aussi assisté à la scène. Le photographe a pu s’en sortir sain et sauf mais confie avoir eu, au moment où il prenait ses photos, une pensée pour ses "amis et collègues décédés dans l’exercice de leur profession en zone de guerre ces dernières années".

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Des personnes accroupies après l'assassinat de l'ambassadeur dans la galerie d'art d'Ankara.
AP PHOTO/BURHAN OZBILICI

Sur le réseau social touristique Wayn, le profil de Burhan Ozbilici est alimenté par une dizaine de photos. Sur plusieurs d’entre elles, il apparaît un appareil photo en main. Âgé de 56 ans, il vit à Ankara. Dans la section  "À propos", il mentionne : "J’ai toujours cru (et j’en ai fait l’expérience) que la chose la plus importante dans la vie est d’être heureux et d’être capable de rendre les gens  biens (ou juste vos amis) heureux aussi".

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Le photographe Burhan Ozbilici est désormais loué pour son travail sur les réseaux sociaux.
BURHAN OZBILICI/WAYN/SCREENGRAB

La photo du policier de 22 ans, debout devant le corps de l’ambassadeur gisant au sol, a fait le tour des réseaux sociaux. Face au cliché historique, nombreux sont les internautes à avoir exprimé leur admiration pour le photographe.  

– Adapté par Majda Abdellah. Retrouvez la version originale sur Mashable.

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