Alors que les forces du régime de Bachar al-Assad sont sur le point de prendre la ville d'Alep, des activistes rebelles et des civils ont posté des messages d'adieu sur Twitter.

Ils s’appellent Bana, Lina, Rami, Bilal, Alhamdo ou encore Zouhir, et hier soir, ils ont fait leur adieu au monde sur Twitter.

Tous sont retranchés dans les derniers quartiers contrôlés par les rebelles syriens, alors que les forces loyales au régime de Bachar al-Assad sont sur le point de reprendre l’entièreté de la ville d’Alep.

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Voilà plus de quatre ans et demi que la deuxième ville du pays, Alep, était aux mains des rebelles syriens. Depuis quelques heures, les forces du régime, appuyées par les raids aériens russes, affirment avoir repris près de 96% de la ville.

Alors que l’ONU fait état de la mort de 82 civils tués par les forces pro-Assad dans les quartiers Est de la ville, des centaines de civils seraient encore retranchés dans une zone de moins de deux kilomètres carrés, selon une activiste, encerclée par les forces du régime. Sur place, certains activistes ont fait état de massacres et lancé un dernier appel à l’aide à la communauté internationale.

Dans la nuit du lundi 12 décembre, beaucoup se sont exprimés sur Twitter et ont présenté leurs messages comme les derniers.

Derniers messages d'Alep

Bana, la petite Syrienne qui raconte régulièrement son quotidien à Alep écrivait il y a quelques heures dans un tweet :

"Mon nom est Bana, j’ai 7 ans. Je m’adresse au monde depuis l’Est d’Alep. Ceci est mon dernier moment de vie ou de mort. – Bana"

Depuis six heures, plus aucun message n’a été posté par Bana Alabed.

Bilal Abdul Kareem, un journaliste américain sur place, s’est lui aussi exprimé dans une vidéo sur Twitter, "peut-être (sa) dernière".

“Nous ne serons bientôt plus en mesure d’envoyer des messages, les forces du régime approchant de plus en plus près. Donc ce pourrait être mon dernier message. Si cela était le cas, merci pour votre soutien", raconte t-il dans sa vidéo. 

Plus de nouvelle non plus de Bilal Abdul Kareem depuis son dernier message, posté dans la nuit du lundi 12 décembre.

Même sort pour Mr.Alhamdo, activiste et reporter syrien, qui s’est exprimé sur Periscope, les larmes aux yeux. 

"La Russie et Assad ne veulent pas nous laisser en vie. Ils célèbrent nos corps morts. Nous voulions juste la liberté mais ce monde n’aime pas la liberté. Ne pensez pas que vous êtes des hommes libres dans votre pays, ce monde n’en veut pas. (…) J’espère que vous pourrez vous souvenir de nous."

Suivi d'une photo de sa fille : 

"Lamar commence à me serrer. Est-ce que je la verrai encore demain ?"

En milieu d’après-midi mardi 13 décembre, il tweetait de nouveau.

"Je veux juste que ma fille goûte un jour la banane. Je pense qu’elle aimerait ça. Mais elle n’en a encore jamais mangé. Je ne pourrais probablement pas lui faire goûter."

Lina Shamy, activiste, a elle aussi envoyé un message vidéo, retweeté plus de 20 000 fois.

"À tous ceux qui peuvent m’entendre, nous sommes ici exposés à un génocide. C’est peut-être ma dernière vidéo. Les civils sont menacés d’exécution par le régime d’Assad ou meurent sous les bombes. Plus de 180 personnes ont été exécutées dans les quartiers que le régime vient de reprendre. Les civils sont coincés dans un périmètre qui ne dépasse pas deux kilomètres carrés, avec aucune zone de sécurité. Chaque bombe est un nouveau massacre. Sauvez Alep, sauvez l’humanité."

Avant de poster un dernier tweet la nuit dernière. Plus aucune nouvelle depuis, non plus.

"À tous les humains autour du monde, ne dormez pas ! Vous pouvez faire quelque chose ! Protestez maintenant ! Arrêtez ce génocide."

Rami Zien, activiste, a lui aussi posté un message d’adieu hier soir.

"Je suppose que c’est un aurevoir... Merci à tous ceux qui nous ont soutenu et ont prié pour nous. Mais c’est presque fini et ils ne sont plus qu’à quelques heures de tous nous tuer."

Selon les derniers tweets de Zouhir-AlShimale, reporter syrien sur place, plus de 50 000 civils, "principalement des femmes et des enfants" seraient encore menacés par le régime syrien. En début d’après-midi, mardi 13 décembre, il rapportait encore de nombreux décès de civils.

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