Manuel Valls s’est officiellement lancé dans la bataille de la présidentielle de 2017. Mais pour représenter la gauche en mai, il devra passer par une primaire semée d'embûches.

Quatre jours après le renoncement du président François Hollande à briguer un second mandat, le Premier ministre Manuel Valls a annoncé, lundi 5 décembre, depuis la mairie d'Évry, sa candidature pour la primaire de la gauche en vue de la présidentielle.

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Depuis quelques semaines, le locataire de Matignon, tout en jouant la carte de la loyauté à l’égard du chef de l’État, ne dissimulait plus son envie de se jeter dans la bataille de 2017, qui s’annonce toutefois semée d’embûches.

Une candidature clivante plombée par le bilan de Hollande

Le Premier ministre, qui quittera ses fonctions dès mardi, accumule en effet les handicaps. Polémique sur la question des Roms, utilisation du 49.3 pour la loi Macron et la loi Travail, débat sur la déchéance de nationalité et laïcité et soutien des arrêtés anti-burkini... Manuel Valls est accusé par ses détracteurs d’avoir dynamité sa majorité et divisé sa propre famille politique en braquant l’aile gauche du Parti socialiste. Or, dans l’optique de la primaire, Manuel Valls aura peu de temps pour rassembler au sein du PS, où il n’a jamais réussi à se forger une base majoritaire.

Souvent comparé à Nicolas Sarkozy, en termes de volontarisme, d’ambition – il n’a jamais caché ses ambitions présidentielles, et d’aucuns l’accusent d’avoir trahi le président – et de tempérament, Manuel Valls est un homme politique clivant. Pour convaincre les électeurs de la primaire, l’éternel représentant de l’aile droite du PS devra donc policer son discours et adoucir son image, associée aux questions sécuritaires et aux passages en force.

Lors de la dernière primaire de la gauche, en 2011, ses positions jugées droitières lui ont valu d’essuyer un échec personnel cuisant, en ne récoltant que 5,63 % des voix au premier tour. Une déroute qui ne l’avait nullement empêché depuis à poursuivre son ascension sur l’échiquier politique français, après son ralliement à François Hollande.

Sans compter qu’il n’aura d’autre choix que de défendre le bilan social-libéral du très impopulaire François Hollande, auquel ses rivaux ne manqueront pas de l’associer. Il sera notamment épinglé sur l'absence de résultats économiques, sur l’échec de la lutte contre le chômage, priorité de son gouvernement, et la fulgurante montée en puissance du Front national depuis 2012.

Absence de poids lourds à gauche

Toujours est-il que Manuel Valls compte quelques atouts qui l’ont peut-être poussé à entrer en course, bien que les chances de voir la gauche conquérir l’Élysée en 2017 paraîssent minces et qu’il aurait préféré attendre 2022. 

Il sait par exemple qu’il n’existe pas pour l’instant de candidat déclaré de sa dimension

Il sait par exemple qu’il n’existe pas pour l’instant de candidat déclaré de sa dimension, capable de l’affronter dans un premier temps, puis de se mesurer à François Fillon ou à Marine Le Pen. Faute d’une telle alternative, il sera tenté de mettre en avant son expérience et son sens de l’État, pour apparaître comme le plus qualifié pour sauver une gauche en lambeaux face à une droite revigorée par sa primaire et une extrême-droite en ordre de marche.

S’il ne peut se présenter comme l’héritier du chef de l’État, il incarne une gauche moderne et réformiste face à laquelle se dressent des candidats se revendiquant de la gauche du PS, et proches des frondeurs. Son profil peut entraîner le ralliement de certaines figures du PS, soucieuses de se replacer après le renoncement de François Hollande (les noms des ministres Jean-Yves le Drian, de Bernard Cazeneuve et de Michel Sapin sont cités avec instance dans la presse nationale).

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Enfin, le Premier ministre, qui est resté cohérent en défendant une même ligne politique parfaitement identifiée par les électeurs, jouit d’une popularité certaine. À en croire les derniers sondages, même si cela est risqué ces derniers temps, il arrive en tête des favoris de la primaire devant Arnaud Montebourg.

Le 4 décembre, avant même l’annonce officielle de sa candidature, un sondage Ifop publié par le JDD, montrait qu’il avait recueilli les faveurs de 45% des sympathisants de gauche et de 61% des électeurs socialistes.

– Article initialement publié sur France 24.

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