Une équipe internationale de neuroscientifiques développe un protocole de soin combinant scanner cérébral et utilisation de l'intelligence artificielle pour aider des patients à combattre leurs peurs.

Imaginez que votre phobie des araignées, votre vertige ou votre agoraphobie, toutes ces peurs qui paralysent votre quotidien, soient soudainement remplacées par des sentiments plus neutres et pouvant être maîtrisés. Bonus : tout cela serait indolore.

Une équipe de neuroscientifiques affirme avoir mis au point un protocole pour reconditionner le cerveau humain afin lui faire dépasser certaines peurs. Leur approche, si elle se vérifiait avec de nouvelles études, pourrait aboutir à une toute nouvelle manière de traiter les patients souffrant de phobies ou de stress post-traumatique.

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L'équipe internationale a publié ces découvertes lundi 21 novembre dans le journal Nature Human Behavior.

En France, on estime qu'une personne sur 10 souffrirait de phobie. En Europe, les SSPT ou syndromes de stress post-traumatique atteignent 2.9 % des femmes et 0.9 % des hommes. Ce sont en général des personnes ayant expérimenté des traumatismes, comme des combats militaires, des attentats, ou encore des agressions sexuelles... Le chiffre reste beaucoup moins élevé qu'aux États-Unis où il atteint près de 7,7 millions d'adultes, soit 3,3 % de la population totale du pays.

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En rouge, le centre de la peur le complexe amygdalien.
LIFE SCIENCE DATABASES, WIKICOMMONS

Les auteurs de l'étude affirment avoir développé des alternatives aux traitements existants pour l'anxiété. Pour le moment, le protocole classique reste d'exposer les patients à leurs peurs pour les amener à les relativiser et à les contrôler petit à petit.

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La nouvelle approche combine une intelligence artificielle (IA) avec une technologie de scanner cérébral et se nomme "Decoded Neurofeedback".

Les neuroscientifiques ont testé leurs recherches sur 17 patients sains. Plutôt que de d'expérimenter sur les phobies existantes des cobayes, les chercheurs leur ont injecté une nouvelle peur, celle des souris, en leur administrant un coup de jus à chaque fois qu'une certaine image passait devant leur écran.

Le scanner cérébral surveille l'activité mentale des participants et repère les signes de la peur naissante. En utilisant la reconnaissance de l'IA, les chercheurs affirment avoir pu mettre sur pied une méthode rapide et précise permettant de déchiffrer cette peur.

"Le défi était désormais de trouver un moyen de réduire ou de supprimer cette peur, sans l'évoquer consciemment", raconte Ben Seymour, un des co-auteurs de l'étude, neuroscientifiques au département d'ingénierie de Cambridge, dans un communiqué.

Ben Seymour explique que l'équipe a découvert que ces mémoires de peurs restaient présentes de manière inconsciente pour les participants. Ces signaux étaient détectés en permanence par le scanner. Les scientifiques ont alors tenté d'associer ces mémoires de peurs à une récompense : ils ont offert de l'argent à chaque participant en leur disant que ces gratifications étaient le reflet de leur activité cérébrale, sans plus de précisions. Ils ont répété cette procédure durant trois jours.

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BLEND IMAGES VIA AP IMAGES

"En fait, les zones du cerveau qui étaient conditionnées pour anticiper un choc douloureux sont reprogrammées pour attendre un événement positif", détaille Ai Kozumi, l'auteur principal de l'étude et chercheur à l'université d'Osaka, au Japon.

À la fin de cette thérapie par la récompense, les neuroscientifiques ont montré les mêmes images qui étaient précédemment associées aux chocs électriques. Le centre cérébral de la peur, l'amygdale, ne montrait plus de signes accrus d'activités.

"Cela veut dire que nous avons été capable de réduire la mémoire de la peur sans que les volontaires n'en fassent l'expérience consciente dans le processus", explique Ai Koizumi dans un communiqué de presse.

Les auteurs de l'étude ont bien pris soin de noter que leurs expérimentations avaient eu lieu à une petite échelle et que des recherches supplémentaires seraient nécessaires avant d'aboutir un traitement clinique pour les patients atteints de phobies ou de SSPT. Mais ils ont bon espoir d'ouvrir un chemin nouveau et que le "Decoded Neurofeedback" permette de soigner sans avoir à exposer les patients à leurs peurs ou sans les effets secondaires induits par les médicaments.

– Adapté par Romain Houeix. Retrouvez la version originale sur Mashable.

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