En Inde, l’application Snapchat permet aux victimes de viols d'enregistrer leurs témoignages sur leur portable,tout en utilisant des filtres originaux pour se voiler le visage. L'anonymat est respecté et le message reste percutant.

Avec notre correspondant à New DelhiSébastien Farcis

Les témoignages sont édifiants. L'une a été violée à l'âge de 5 ans, l'autre enfermée dans une chambre pendant des jours, exploitée et torturée. De manière exceptionnelle, ces jeunes femmes acceptent de parler de leur calvaire face à une caméra.

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Ces jeunes femmes témoignent, car leur visage est recouvert d'un filtre fourni par l'application mobile Snapchat. Une victime s'exprime ainsi en portant un masque virtuel de dragon rouge, qui suit ses mouvements. Les yeux expriment sa détresse, mais le reste de son visage est recouvert pour garantir son anonymat.

Préserver l’identité

Yusuf Omar, le responsable des éditions mobiles pour le quotidien Hindustan Times, explique qu'il a créé ce procédé pour permettre aux victimes de se sentir plus en confiance. Elles utilisent elles-mêmes la caméra frontale du téléphone et peuvent ainsi vérifier que leur identité est préservée.

L'idée est venue à Yusuf Omar après avoir vu une interview d'un des amants présumés de l'auteur de la tuerie d'Orlando : "Pour masquer son identité, ils lui avaient fait un masque sur le visage, avec beaucoup de maquillage. C'est une évolution intéressante par rapport au flou traditionnel apposé sur des silhouettes dramatiques. Je me suis dit qu'avec la technologie des filtres Snapchat, on pouvait faire encore mieux", a-t-il expliqué à Mashable India.

La parole des victimes d'agressions sexuelles commence à peine à se libérer en Inde, depuis le viol collectif de décembre 2012, qui avait coûté la vie à une étudiante provoquant une vague inédite de manifestations et un débat national sur ce fléau.

Cependant, cette émancipation se limite aux villes, qui ne concentrent qu'un tiers de la population. Dans les campagnes, les femmes agressées doivent généralement se taire par peur de représailles ou pour préserver l'honneur de la famille.

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