Un Afghan de 5 ans, Murtaza, devenu la coqueluche des réseaux sociaux, après avoir reçu un maillot dédicacé de son idole Lionel Messi, a fui l’Afghanistan. La famille du garçon a été menacée par des Taliban.

Un maillot dédicacé offert par Lionel Messi à un jeune afghan de 5 ans a coûté cher à la famille du garçon. Murtaza et ses parents ont dû fuir l’Afghanistan dans la précipitation, après avoir reçu des menaces répétées d’enlèvement émises par les Taliban, a annoncé mardi 3 mai le père de la famille, Mohammad Arif Ahmadi. Il a déposé une demande d'asile pour l'Espagne auprès du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

C’est au mois de janvier que son fils, Murtaza, se fait remarquer localement, après avoir été pris en photo avec un maillot bricolé par l’enfant à partir d’un sac en plastique blanc et bleu, imitant l’équipement de son idole argentin Lionel Messi.

Sur les clichés, Murtaza, vêtu de son maillot de fortune, joue au foot dans la neige des montagnes du Jaghori, dans la province de Ghazni, au sud-est de l’Afghanistan, où les rebelles Taliban sont très présents. On le voit aussi poser fièrement avec le poster de la star internationale du football. Les images ont fait le tour du web en quelques jours, les journaux s’y intéressent, jusqu’à ce que le footballeur argentin, également ”ambassadeur de bonne volonté” de l'Unicef, s’en émeuve.

Lionel Messi décide alors de réaliser le rêve de Murtaza en lui offrant un équipement complet du FC Barcelone et un maillot dédicacé de la sélection argentine. La famille de Murtaza fait le voyage jusqu'aux bureaux de l'Unicef à Kaboul, en février, pour recevoir les cadeaux envoyés par la star. De nouveau, Murtaza est pris en photo, de nouveau, le web s’emballe, et pour la famille Ahmadi les ennuis commencent.

Le football banni sous les Taliban

“Notre vie a tourné au cauchemar”, raconte aujourd’hui Mohammad Arif Ahmadi. La famille a d’abord été dérangée par des coups de téléphone, puis des menaces de plus en plus sérieuses. Le père de famille, qui se dit “simple fermier", ne sait pas exactement qui se cache derrière ces appels répétés. Mais il pense qu’il s’agit d’un groupe crapuleux qui imagine que sa famille a gagné beaucoup d’argent grâce à la notoriété de Murtaza.

Puis Mohammad Arif Ahmadi reçoit une lettre de menace et soupçonne les Taliban, nombreux dans la région, de lui avoir envoyé. Sous le règne du groupe islamiste en Afghanistan (1996-2001), la pratique du football était interdite. Symbole de leur haine pour ce sport, le stade de Kaboul avait été reconverti en centre d’exécutions publiques. ”Dans la lettre, les Taliban demandent pourquoi mon fils n’apprend pas le Coran en école islamique et pourquoi, au lieu de cela, je l’autorise à jouer au football”, explique Ahmadi.

La présence de rebelles Taliban dans la région où vit Murtaza fait craindre le pire au père de la famille Ahmadi. Redoutant l’enlèvement imminent de son fils, il finit par prendre une décision radicale : tout quitter. "J’ai vendu tous nos biens et j’ai emmené ma famille hors d’Afghanistan pour sauver la vie de mon fils et celle du reste de ma famille”, a expliqué le père.

Demande d’immigration auprès de l’UNHCR

La famille, modeste, s’est installée à Quetta, une ville du sud-ouest du Pakistan, à défaut de pouvoir s’établir dans la capitale, Islamabad, où ils sont restés quelques temps seulement car la vie leur coûtait trop cher. Mohammad Arif Ahmadi a déposé une demande d’asile auprès du HCR pour rejoindre l'Espagne, où évolue Messi, a confirmé un porte-parole du Haut Commissariat, précisant que l'agence s'était penchée sur le dossier.

Bien avant l’émigration de la famille Ahmadi, la fédération de football d’Afghanistan avait promis d’organiser une rencontre entre Messi et le jeune Murtaza. Il était même question que Messi vienne en Afghanistan à la rencontre du garçon ou que Murtaza soit invité en Espagne. Aucune de ces promesses n’a abouti. Dans la vie du jeune Afghan, une chose n’a pas changé : "Murtaza espère toujours pouvoir rencontrer un jour son héros", a déclaré son père.

Avec AP et AFP