Au lendemain d'un sommet organisé au Kenya, consacré à la protection des éléphants et à la lutte contre le trafic illégal d'ivoire, le président Uhuru Kenyatta doit allumer un bûcher, samedi, qui verra 105 tonnes d'ivoire brûlées.

Le Kenya s'apprête à brûler, samedi 30 avril, la quasi-totalité de son stock d'ivoire et veut sonner ainsi la fin du trafic illégal de "l'or blanc", responsable du déclin alarmant de la population des éléphants sur le continent.

Le temps est compté pour protéger ceux que l'écrivain Romain Gary décrivait dans son roman "Les racines du ciel", paru en 1956, comme étant "indispensables à la beauté de la vie".

Selon les estimations, l'Afrique n'abrite plus aujourd'hui que 450 000 à 500 000 éléphants et, chaque année, environ 30 000 sont abattus par des braconniers pour leurs défenses, selon les ONG de protection de la faune.

Ce rythme alarmant fait peser le risque de leur disparition du continent à l'état sauvage à court terme. Pour la seule Tanzanie, la population d'éléphants est passée de près de 110 000 spécimens en 2009 à quelque 43 000 en 2014, d'après des statistiques officielles.

Incinération de 5 % du stock mondial d’ivoire

Pour enrayer cette dynamique néfaste, le président kényan Uhuru Kenyatta a présidé, vendredi 29 avril, un sommet réunissant près de Nanyuki (centre) plusieurs chefs d'État africains et de nombreux protecteurs des animaux. La rencontre visait à amplifier la prise de conscience mondiale du problème du braconnage des éléphants pour aboutir à une interdiction totale du commerce de l'ivoire.

Samedi, le pays hôte va joindre les actes à la parole en brûlant dans le parc national de Nairobi 105 tonnes d'ivoire, la plus grande quantité jamais détruite en une seule fois, représentant 5 % du stock mondial actuel d'ivoire. Près d'une tonne et demie de cornes de rhinocéros sera également incinérée.

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"Nous ne pensons pas que l'ivoire a une valeur intrinsèque et nous allons donc brûler notre stock et démontrer ainsi au monde entier que l'ivoire n'a de valeur que sur un éléphant", résume le nouveau patron du Service kényan de la faune (KWS), Kitili Mbathi.

Un avis que partagent les ONG. "L'ivoire n'a pas de valeur en soi", martèlent ces dernières, qui plaident pour une prohibition totale des ventes. "Vivants, les éléphants représentent une importante source de revenus pour les économies locales, via le tourisme, et à long terme, leur valeur est bien plus grande quand ils vagabondent dans les savanes et forêts africaines que lorsque leur ivoire orne une cheminée ou le bracelet de quelqu'un", explique Rob Brandford, directeur du Fonds David Sheldrick pour la protection de la faune.

Cette prise de conscience a déjà suscité la mise en place de mesures innovantes. Le Kenya a mis sur pied une brigade de chiens renifleurs d'ivoire dans l'aéroport international de Nairobi, qui a déjà permis plusieurs saisies et arrestations de contrebandiers à destination de l'Asie du Sud-Est. Ces efforts commencent à porter leurs fruits au Kenya, qui n'a dénombré que 93 pachydermes tués en 2015 contre 164 en 2014.

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Avec AFP