Une cinquantaine de chefs d’État se retrouvent jeudi à Washington pour un sommet sur la sûreté nucléaire alors que de nombreux experts évoquent la possibilité pour des groupes terroristes de commettre des attentats de nature "nucléaire".

Parmi toutes les autres, ces mesures de sécurité sont presque passées inaperçues. Au lendemain des attentats du 13 novembre à Paris, des militaires ont été postés aux abords des centrales nucléaires belges. Le 22 mars, quelques instants après les attaques à Bruxelles, les deux principaux sites nucléaire du plat pays, Tihange et Doel, étaient complètement fermés et la quasi-totalité de leurs employés renvoyés chez eux. En cause, une étrange vidéo que les enquêteurs ont trouvée en décembre dernier lors d’une perquisition menée en Belgique après les attaques de Paris.

La vidéo d’une dizaine d’heures montre les allées et venues du directeur du programme de recherche et de développement nucléaire belge. Filmées à l’aide d’une caméra cachée dans un bosquet, ces images laissent penser aux enquêteurs belges que des terroristes liés à l'organisation de l’État islamique (EI) ont envisagé de s’en prendre à des installations nucléaires.

Dans une enquête sur le sujet, des journalistes de L’Express affirment, en citant des policiers, que "les terroristes comptaient prendre en otage la famille du physicien, afin qu'il dérobe des matériaux radioactifs dans son propre laboratoire". La démarche aurait eu pour but de confectionner une "bombe sale", c'est-à-dire une bombe traditionnelle à laquelle auraient été ajoutées des substances radioactives dans le but de contaminer durablement certains espaces.

"La possibilité que des matériaux nucléaires soient employés ne peut pas être exclue"

La menace d’une telle attaque est d’ailleurs au programme du sommet sur la sûreté nucléaire qui se tient jeudi 31 mars et vendredi 1er avril à Washington.

Pour la quatrième fois depuis 2010, une cinquantaine de chefs d’État ont été invités par Barack Obama à se réunir pour évoquer les risques liés aux armes nucléaires, dont le terrorisme. La Maison Blanche a d'ailleurs reconnu en début de semaine que "des organisations terroristes ambitionnaient depuis des années d'acquérir des matériaux nucléaires".

Une crainte partagée par Gilles de Kerchove, coordinateur de l'Union européenne pour la lutte contre le terrorisme, qui a évoqué le 26 mars dans les colonnes de "La Libre Belgique" l’éventualité d’une attaque visant une centrale nucléaire dans les prochaines années.

"Je ne serais pas étonné qu’avant cinq ans, il y ait des tentatives d’utiliser Internet pour commettre des attentats. C’est-à-dire entrer dans le Scada (Supervisory Control and Data Acquisition, NDLR), le centre de gestion d’une centrale nucléaire, d’un barrage, d’un centre de contrôle aérien ou l’aiguillage des chemins de fer", a-t-il affirmé.

Quelques jours plus tôt, Yukiya Amano, le secrétaire général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), avait déjà estimé dans un entretien accordé à l’AFP au surlendemain des attaques jihadistes qui ont ensanglanté Bruxelles, que "la possibilité que des matériaux nucléaires soient employés ne peut pas être exclue".

Car pour lui, "outre le risque d’attaque directe sur l'une des quelque 1 000 installations nucléaires dans le monde, la principale menace provient du vol de matériaux radioactifs".

"La terreur créée par cette menace est déjà une petite victoire"

Pour Benjamin Hautecouverture, maître de recherche à la Fondation de la recherche stratégique (FRS) et spécialiste des questions nucléaires, le sujet est sérieux mais ne doit pas être "monté en épingle" car "la terreur dans la population créée par cette menace est déjà une petite victoire" pour les groupes terroristes.

"Ils ne sont pas arrivés et n’arriveront sans doute pas à mettre la main sur une arme nucléaire […] En revanche, il est plausible que certaines organisations attaquent des transports de matière nucléaire ou des installations civiles et tentent de dérober des matières radioactives", assure le chercheur à France 24.

Il précise néanmoins que l’enjeu pour les groupes terroristes serait d’obtenir une quantité suffisante de matière. Dès lors, il revient aux pays qui en détiennent de "sécuriser la matière à la source".

La vigilance doit être d’autant plus forte que la matière radioactive "se trouve facilement" selon Benjamin Hautecouverture. "Il existe un marché noir sur lequel on trouve ces substances en provenance d’Europe de l’est et d’Europe centrale". D'ailleurs, selon des experts américains en non-prolifération, le stock mondial d'uranium hautement enrichi s'élevait à la fin de 2014 à 1 370 tonnes. L'essentiel se trouve en Russie, réparti sur de nombreux sites.

"Les dirigeants de la planète font face à un choix très clair : vont-ils s'engager à améliorer la sûreté nucléaire ou relâcher leurs efforts ?", s'interrogeait cette semaine le centre d'étude Belfer Center. "Leur réponse déterminera le niveau de risque que des groupes terroristes comme l'EI mettent la main sur des matériaux nucléaires pour faire une bombe rudimentaire".

La Maison Blanche a déjà proposé à la Belgique "l'assistance" des États-Unis "pour protéger les infrastructures nucléaires" du pays.