Situé en plein désert près de la frontière qui sépare la Jordanie de la Syrie, le camp de Za’atari, côté jordanien, accueille près de 80 000 réfugiés syriens.

Les abris en métal se succèdent et se ressemblent. Le campement de fortune a tout d’un immense terrain vague, sale et privé de végétation. Beaucoup de réfugiés syriens vivent ici depuis l’ouverture du camp en 2012. Ils sont aujourd'hui 79 649, selon le HCR.

Ces dernières semaines, des artistes syriens qui vivent dans le camp se sont appropriés les lieux pour y peindre de vibrantes fresques murales, puissantes et colorées. Celles-ci éclairent le triste quotidien du camp perdu au milieu des dunes. Un brin d’espoir dans un océan d’accablement.

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Des membres du collectif d'artistes posent devant une de leurs oeuvres.
MOHAMED JOKHADAR

Des paysages luxuriants aux sublimes perspectives en passant par des portraits surréalistes, les peintures s’étalent sur les murs des abris en métal. À leur façon, elles rendent un peu plus joyeuse la vie de ces milliers de personnes que la guerre a déplacés.

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MOHAMED JOKHADAR

Pour les exilés de Za’atari, ces fresques laissent entrevoir une porte de sortie vers autre monde, ce monde à la fois bien réel mais qui semble si inaccessible à mesure que leur situation sur le long-terme gagne en incertitude.

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L'artiste Mohamed Jokhadar devant une de ses fresques.
MOHAMED JOKHADAR

Le projet artistique a été élaboré par un collectif d'artistes syriens vivant dans le camp, en partenariat avec le HCR et le Conseil des réfugies norvégien.

"Beaucoup de gens veulent que l'on dessine les arbres et les fleurs qui poussaient chez eux en Syrie"

Mohamed Jokhadar, 30 ans est un des artistes peintres ayant mené cette initiative qui rassemble au total 16 réfugiés, parmi lesquels, des professionnels, des artistes en herbe ou des passionnés qui s’emparent des murs du camp.

À Za’atari, Mohamed gère un salon de coiffure pour homme qui sert désormais aussi de studio de portraitistes. Durant notre visite dans le camp, il explique que l'art, pour lui, est "un exutoire". Il a rejoint Za’atari en 2013, après avoir quitté Homs, sa ville natale, avec sa femme et ses parents. Ensemble, ils ont traversé la frontière pour venir en Jordanie et fuir ces conditions de vie en Syrie, qui devenaient insupportables. 

Avant la guerre, Mohamed Jokhadar organisait des expositions de son travail à Damas, la capitale. Désormais sa créativité se borne aux murs des caravanes du camps et à la dizaine de portraits alignées dans son salon de coiffure.

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MOHAMED JOKHADAR

À chaque section du camp est associée une couleur et un thème, qui peut aller de l’histoire de la Syrie à l’éducation, en passant par la mer. Les sujets politiques, eux, ne sont pas invités.

Des peintures vertes pour oublier le climat aride

Les artistes prennent aussi en compte les avis et commentaires des familles dont le campement de fortune est décoré. Certaines demandent à voir des images de verdure, pour leur faire oublier le climat aride et sec du camp dans lequel il est quasi impossible de cultiver fruits et légumes.

"Beaucoup de gens veulent que l'on dessine les arbres et les fleurs qui poussaient chez eux en Syrie",  raconte Mohamed Jokhadar. Comme cet homme qui a demandé à Mohamed de peindre des scènes où figurait du jasmin au milieu d’une fontaine, une fleur qui poussait chez lui à Damas. D’autres préfèrent voir des paysages luxuriants, plus lointains.

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Mohamed Jokhadar pose devant une des œuvres du camp Za'atari.
MOHAMED JOKHADAR

Nasser Touaibia, porte-parole de l’UNHCR a rapporté dans un tweet que toutes ces fresques permettent aux réfugiés de retrouver un semblant de "normalité dans le déplacement".

L’initiative artistique vise aussi à encourager les réfugiés à s’approprier leur expérience du camp. Au moment de son ouverture en juillet 2012, Za’atari accueillait des Syriens fuyant le sud du pays. À l’époque, on y comptait une centaine de tentes. Finalement, ce nombre a explosé à mesure que le conflit s'est développé. Devant l’afflux massif et régulier de réfugiés, l’UNHCR, en partenariat avec le gouvernement jordanien, a fait construire des caravanes en métal blanches.

Une petite vie de village 

Aujourd’hui, une véritable économie fleurit dans le camp animé par une multitude de commerces qui vendent à peu près tout, des chaussures aux smartphones. Un service de livraisons de pizza a même été mis en place.

Mais ces quelques améliorations restent à la marge. La vie à Za’atari est pénible. Tous les réfugiés qui y sont hébergés ne disposent que d’un accès limité à l’électricité, à l’eau courante et aux salles de bains. Ces conditions de vie sont plus que rudimentaires, lorsque l'on se trouve en plein désert, avec des températures qui peuvent régulièrement atteindre les 40°C l'été. L’hiver n'est pas plus clément : la nuit, l’air est glacé. N’ayant pas le droit d’aller et de venir comme bon leur semble, les réfugies vivent parqués, entre eux, et tentent comme ils le peuvent de trouver des distractions pour passer le temps.

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MOHAMED JOKHADAR

Cinq ans après le début de la guerre, les réfugiés continuent de voir leur vie comme suspendues dans le temps. À leur arrivée, certains étaient convaincus qu'ils ne seraient que de passage. Aujourd'hui, bon nombre réalisent qu’ils ne retourneront peut-être jamais en Syrie.

Le directeur de Za’atari, Hovig Etyemezian assure que l’agence des Nations-Unies pour les réfugiés fait de son mieux pour rendre le quotidien dans le camp le plus vivable possible. "Pour nous, le camp restera temporaire jusqu’à sa fermeture définitive. Nous espérons vraiment que le conflit s’arrête un jour et que les réfugiés puissent retourner chez eux. Ce serait un désastre pour nous si la guerre devait se poursuivre dans les années à venir", estime-t-il.

Adapté par Majda Abdellah. Retrouvez la version originale sur Mashable.

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