Avec ses "likes", ses notifications et son fil qui s'actualise, Facebook a toujours fait en sorte que l'on reste le plus longtemps connectés. Aujourd'hui, elle voudrait nous faire croire que non.

Deux notifications, un rappel d'anniversaire, cinq minutes à scroller son fil d'actualité, quelques photos à "liker"... Sur Facebook, le temps passe souvent sans que l'on s'en rende compte, et c'est quelque chose que dit vouloir changer le réseau social. Dans un communiqué publié le 1er août, l'entreprise a en effet détaillé la mise en place d'un nouvel outil, destiné à mieux gérer son temps passé en ligne.

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À première vue, les intentions sont plutôt louables. L'outil, qui existera également sur Instagram et sera disponible "bientôt", se présente sous la forme d'un petit tableau de bord. Dessus, on peut savoir combien de temps on a passé sur Facebook ces derniers jours, sélectionner un nombre de minutes maximum et faire en sorte de recevoir une notification lorsqu'on l'a atteint, mais aussi mettre en sourdine ses notifications pendant une durée déterminée (de quinze minutes à huit heures), le temps de se consacrer à son travail par exemple.

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Facebook

Un outil pour "provoquer des discussions"

Selon Ameet Ranadive, directeur du management de produits chez Instagram et David Ginsberg, directeur de la recherche chez Facebook, l'outil aurait été développé en collaboration avec des experts en santé mentale, des organisations et des chercheurs universitaires. Il répondrait à une demande des utilisateurs des réseaux sociaux.

"Nous voulons que le temps passé sur Facebook et Instagram soit intentionnel, positif et inspirant", écrivent-t-ils, avant de préciser : "notre espoir est que ces outils donnent aux gens plus de contrôle sur le temps qu'ils passent sur nos plateformes et qu'il provoque des discussions entre parents et adolescents sur les habitudes en ligne qui sont les bonnes pour eux."

Cette idée n'est pas sans rappeler celle annoncée par Google lors de la conférence d'ouverture de son rassemblement annuel I/O en mai dernier. La firme avait alors annoncé vouloir développer des "outils de déconnexion numérique" sur ses téléphones. "Nous voulons rendre du temps aux utilisateurs", avait déclaré le PDG du géant, Sundar Pichai. "Il y a une pression croissante [qui pousse] à répondre immédiatement" à toutes les sollicitations venues du téléphone, regrettait-il. Un peu à la manière de Facebook, Google avait expliqué que sa prochaine version d'Android, Android P, proposerait un système d'analyse (l'Android Dashboard) du temps passé par application, et du nombre de notifications que chacune a envoyé dans une journée.

Facebook a toujours fait en sorte que l'on soit addicts

Si Facebook semble vouloir surfer sur la "tendance" à la déconnexion, cela n'a pas toujours été le cas, loin de là. En 2017, Sean Parker, l'ex-premier président de l'entreprise, expliquait que Facebook exploitait "une vulnérabilité dans la psychologie humaine" et "interférait probablement avec la productivité de manière étrange". 

Selon lui, les créateurs de Facebook ont toujours su qu'ils créaient quelque chose d'addictif. L'objectif de départ, selon lui, était "comment consommer le plus de votre temps possible et attirer l'attention le plus possible ?". Le bouton "like", qui permet d'aimer des publications, aurait ainsi été pensé pour donner aux utilisateurs une petite dose de dopamine (un neurotransmetteur responsable de la sensation de plaisir) et les encourager à poster toujours davantage de contenus. "Dieu seul sait ce qu'on fait avec les cerveaux de nos enfants", disait Sean Parker.

Comme lui, d'autres anciens employés ont regretté avoir mis au point des techniques qui favoriseraient des comportements addictifs chez certaines personnes. Dans un article publié sur The Ringer, Leah Pearlman, l'inventrice du "like" sur Facebook expliquait avoir peu à peu délaissé le réseau social. Elle l'a conservé dans un premier temps pour des motifs de promotion professionnelle. Grâce à une extension, elle remplaçait alors les statuts, vidéos ou publicités s'affichant sur la plateforme par des citations inspirantes. Quelques mois plus tard, elle ne se satisfaisait plus de cette solution. Pour "guérir" de son envie de rafraîchir de manière compulsive son fil afin de voir si elle n'avait pas reçu de nouvelles notifications – elle compare cela au fait de manger des chips sans pouvoir s'arrêter et raconte que l'absence de notifications la rendait triste –, elle a finalement fini par embaucher quelqu'un pour gérer sa page. Au moins, elle n'a plus besoin de gestionnaire de temps.

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