Mark Zuckerberg sera auditionné ce mardi, et jusqu'à demain, par le Congrès américain, après le scandale Cambridge Analytica. Si l'on sait déjà que le patron s'apprête à jouer la carte des excuses, il ne pourra échapper à d'autres mises au clair.

Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, s’apprête à témoigner devant le Congrès américain. Le fondateur du plus important réseau social au monde, âgé de 33 ans, doit être auditionné ce mardi au Sénat et mercredi à la Chambre des représentants, à Washington.

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Il s’agira là d’une grande première pour le jeune milliardaire, qui, déjà sommé par les parlementaires de venir s’exprimer au sujet de l’achat de publicités ciblées par la Russie, avait préféré envoyer l’un de ses responsables au charbon. Cette esquive lui avait valu à l’époque mauvaise presse, l’empêchant désormais de ne pas répondre à ce second appel.

Le milliardaire, peu friand des prises de parole, ne pourra se contenter d’une simple séance d’autoflagellation

Exercice plus difficile encore que les interrogatoires musclés qu’il s’apprête à vivre, Mark Zuckerberg devra rassurer les législateurs et les citoyens inquiets après le scandale Cambridge Analytica, du nom d’une société britannique accusée d’avoir siphonné les données personnelles de millions d’utilisateurs américains de Facebook afin d’influencer la campagne de Donald Trump. Mais après une interview tête baissée accordée fin mars à CNN, et une conférence de presse où il n’a cessé de plaider l’erreur la semaine dernière, le jeune homme discret et peu friand des prises de paroles en public ne pourra se contenter d’une simple séance d’autoflagellation.

Le texte de son intervention au Congrès ayant été rendu public lundi 9 avril, nous savons en effet déjà que "Zuck" reconnaîtra une nouvelle fois que Facebook n'a "pas fait assez pour empêcher ces outils d'être utilisés de façon malintentionnée". "Nous n'avons pas pris une mesure assez large de nos responsabilités et c'était une grosse erreur. C'était mon erreur, et je suis désolé", est-il écrit. Nous savons aussi qu’il brandira l’argument selon lequel "Facebook est une entreprise idéaliste et optimiste", grâce à laquelle des mouvements comme #MeToo et la "March for our Lives" n’auraient pu trouver le même écho. Malgré tout, il lui faudra apporter des réponses à toutes sortes de questions épineuses, à commencer par les suivantes :

  • Pourquoi avoir attendu que des enquêtes officielles et investigations journalistiques révèlent les multiples dysfonctionnements au sein de l’entreprise, alors que Facebook a déclaré s’être donné "pour priorité absolue la mission sociale de connecter les gens, bâtir la communauté et rapprocher le monde" ? Pour rappel, Facebook avait bien identifié les menaces venues de Russie sur la campagne présidentielle de 2016, mais n’avait daigné fermer certains comptes de propagande qu’un an plus tard. Pourquoi un tel temps de réaction ?
     
  • Que prévoit Facebook pour l’avenir ? Même si le réseau social a déjà pris une série de mesures pour mieux garantir la vie privée de ses utilisateurs, la confiance pourrait bien être cette fois définitivement rompue. De fait, l’entreprise va devoir entreprendre des changements radicaux, sans quoi la fuite de ses abonnés, déjà massive au lendemain de l’affaire Cambridge Analytica (notamment avec le mouvement en ligne #DeleteFacebook), pourrait bien s’intensifier. Problème : le partage des données avec des applications tierces, et donc des annonceurs, est l’essence même de Facebook. Comment changer les fondations d’un édifice sans le démolir d’abord ?
     
  • La dernière question s’inscrit dans une suite logique : pourquoi s’accrocher à ce fauteuil de PDG après avoir concédé à de multiples reprises avoir fait de nombreuses erreurs ? Les scandales s’accumulent, et pourtant, Mark Zuckerberg ne semble pas prêt d’envisager son retrait pour le bien de l’entreprise. Après tout, tout patron qui a failli et mis en péril la sécurité de sa firme ne doit-il pas quitter son fauteuil ?  

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​Bien sûr, les auditions au Congrès de Mark Zuckerberg ne seront certainement pas l’endroit propice aux discussions sur l’avenir de Facebook en tant qu'entreprise. Mais de telles interrogations sont plus légitimes que jamais à cet instant clé de l’histoire du réseau social, et par extension, de notre histoire. Nous espérons ainsi qu’elles seront rapidement posées d’une manière ou d’une autre au principal intéressé, qui n’est plus vraiment en mesure de les laisser sans réponse.

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