En direct sur Facebook, Mark Zuckerberg s'est lancé, mercredi 21 septembre, dans un exercice de mea culpa visant à calmer les esprits sur le rôle de Facebook dans l'ingérence russe, lors des élections présidentielles américaines de 2016. Raté.

Installé devant une table ronde à la manière du président des États-Unis devant le Bureau ovale, le milliardaire Mark Zuckerberg s’est directement adressé, mercredi 21 septembre, à la nation américaine. Vêtu de son habituel tee-shirt gris, il a expliqué les tenants et les aboutissants du rôle de Facebook dans les élections présidentielles américaines de 2016.

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Le patron du premier réseau social s’est exprimé sur les quelque 3 000 faux comptes probablement créés depuis la Russie pour acheter et diffuser des publicités afin d’exacerber les tensions politiques aux États-Unis, avant et après les élections présidentielles. Il semble que ceux-ci ont cherché à aider Donald Trump à remporter sa bataille contre Hillary Clinton et, depuis la révélation officielle de l’existence de ces comptes il y a une quinzaine de jours, le Congrès mettait la pression sur l’entreprise pour qu’elle révèle le contenu de ces publicités.

Mark Zuckerberg vient donc de promettre de collaborer pleinement avec le Congrès et la justice américaine, qui enquête sur l’ingérence russe durant la campagne. "Nous croyons qu’il est vital que les autorités gouvernementales obtiennent les informations nécessaires pour faire la lumière auprès du public sur ce qu’il s’est passé durant l’élection de 2016", a-t-il affirmé dans une allocution d’une dizaine de minutes diffusée en live. "Je veux que personne ne puisse utiliser nos outils pour saper la démocratie."

Pourquoi ne pas révéler le contenu de ces publicités ?

Si Mark Zuckerberg a décidé d’afficher cette décision en public et en direct pour les besoins de la communication de son groupe, elle n’est en réalité pas très spontanée. Durant ces deux dernières semaines, il a longuement rechigné à fournir les informations nécessaires au Sénat. C’est face à la pression populaire et politique qu’il a finalement cédé.

Pourquoi, après avoir affirmé que Facebook n’avait pas vraiment d’influence dans les résultats d’une élection, Mark Zuckerberg ne se réveille-t-il que maintenant ?

Plus tôt dans le mois, un porte-parole de Facebook affirmait ainsi à Business Insider : "En raison de la loi fédérale et du fait que l’enquête des autorités compétentes est en cours, nous ne pouvons partager ces publicités." Mais, interrogé par plusieurs médias, dont Mashable, sur le nom de la loi les empêchant de divulguer ces pubs, Facebook n’a jamais fourni de réponse.

Dans la même temps, le sénateur Adam Schiff, membre du Comité du renseignement de la Chambre des représentants, se disait "affligé" par le temps que mettait Facebook à répondre aux questions du Sénat, tandis que le sénateur Mark Warner appelait explicitement Facebook à rendre le contenu des publicités accessible à chacun.

Pas de transparence, pas de sécurité

Mais Facebook refuse, se réclamant d’une loi qui, visiblement, n’existe pas. Et Mark Zuckerberg, en dépit de l’échec total de son entreprise durant l’élection présidentielle de 2016, continue à affirmer à qui veut l’entendre que Facebook a tout sous son contrôle.

"Nous augmentons nos investissements en sécurité et spécifiquement concernant l’intégrité des élections", a affirmé Mark Zuckerberg dans une longue déclaration sur Facebook. "Dans les prochaines années, nous ferons plus que doubler l’équipe travaillant sur l’intégrité des élections. Au total, nous ajouterons plus de 250 personnes travaillant sur la sécurité pour notre communauté."

On s’interroge sur la sincérité de telles positions. Non pas que la présence de 250 nouveaux employés dédiés à la sécurité soit inutile, mais quelle sera leur marge de manœuvre ? Pourquoi, après avoir affirmé que Facebook n’avait pas vraiment d’influence dans les résultats d’une élection, Mark Zuckerberg ne se réveille-t-il que maintenant ?

Alors que Facebook engrange toujours plus de données privées sur les personnes utilisant sa plateforme, il semble nécessaire que le réseau social prenne définitivement ses responsabilités. Son rôle n'est plus à démontrer et, durant des séquences politiques tendues, le public doit savoir qui diffuse des publicités, pourquoi et avec quel impact.

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