Une vidéo de migrants enfermés, visiblement victimes d'un réseau de trafic d’être humains, circule depuis le mois de juin sur Facebook. L'Organisation internationale pour les migrations appelle la plateforme à la censurer, en vain.

Jusqu’où Facebook doit-il aller en matière de modération ? Une nouvelle affaire oppose le réseau social à l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). L’organisation affirme avoir repéré une vidéo postée sur le réseau social dans laquelle 260 réfugiés, principalement somaliens et éthiopiens, apparaissent très amaigris et confinés dans une pièce, entassés à même le sol, probablement détenus par des trafiquants. Malgré les appels et les signalements, Facebook n’a pas souhaité retirer la vidéo, rapporte Quartz.

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La vidéo a été diffusée le 9 juin dernier et l’endroit exact où la scène effroyable a été tournée n'a pas encore été identifié. Mais l’association affirme toutefois qu’elle aurait été tournée en Libye, devenue une plaque tournante du trafic d’être humains, où se vendent, rappelons-le, des migrants sur des marchés à esclaves.

Les vidéos sur les réseaux sociaux, une méthode d'extorsion de fonds ?

Tout au long de l’enregistrement, long d'environ une demi-heure, les migrants s’entretiennent avec un journaliste somalien basé en Turquie, au cours d’un appel en visioconférence lancé par les ravisseurs.

Si la vidéo n’a pas été retrouvée dans son intégralité, des captures d’écrans sont disponibles. "Les migrants et les réfugiés assis au sol, dans un espace bondé, racontent avoir été battus et torturés", rapporte dans un communiqué l’OIM. "Certains racontent s’être fait arracher les dents, casser les bras et qu’aucune nourriture ne leur a été donnée."

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Captures d'écran de la vidéo diffusée en juin dernier.
Organisation internationale pour les migrations

"Je suis là depuis 11 mois", raconte un jeune homme, attachés à une pierre pour l'empêcher de se déplacer. "On m'a puni parce que je ne pouvais pas payer 8 000 dollars pour partir. Ils m'ont cassé une dent et une main. On a mis cette pierre sur moi il y a trois jours. J'ai très mal !" Pour l’association, l’intérêt de ces vidéos ne fait aucun doute : elles sont utilisées par les trafiquants pour faire pression sur les familles des victimes et leur extorquer de l’argent. Des extraits de la vidéo auraient ainsi été envoyés aux familles des personnes retenus en otage, affirme l’association à l’agence Reuters.

Pour Facebook, la vidéo peut être un outil de sensibilisation

"Il s’agit d’un problème global puisque les trafiquants et autres gangs criminels peuvent facilement utiliser des plateformes numériques pour faire de la pub pour leurs services, encourager les plus vulnérables à se déplacer pour ensuite les exploiter eux et leurs familles", affirme Mohammed Abdiker, directeur des opérations au sein de l’OIM, dans le communiqué de l'organisation. "Il est grand temps que les réseaux sociaux et entreprises de la tech reconnaissent les graves préjudices provoqués par leur échecs à contrôler et réagir aux situations partagées sur leurs plateformes et dans lesquelles les droits de l’Homme sont gravement violés  – pour mener in fine à la  mort."

Le réseau social et ses 8 000 modérateurs ne l’entendent pas de cette oreille. Après les appels de l’OIM, un écran d‘avertissement a été ajouté à la vidéo, et sa distribution limitée aux personnes majeures. Pour justifier son refus de supprimer cette vidéo, Facebook explique y voir un outil de sensibilisation aux drames des migrations et pas un instrument de chantage contre les familles, en l’absence de preuves appuyant le discours de l’OIM.

Comme l'explique un porte-parole de Facebook au Wall Street Journal : "Cette vidéo a été publiée pour condamner le trafic d’être humain et sensibiliser sur le sujet, donc nous ne considérons pas qu’elle viole notre politique."

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