Une enquête de Politico publiée le 12 juin dernier révèle comment Facebook est détourné par les agents secrets russes. Sous un faux compte et sous une identité féminine, ils ciblent les soldats américains et inondent le réseau social de propagande.

Plus besoin d’infiltrer personnellement un corps d’armée ou une administration. Un compte Facebook, une photo charmante et un message privé suffisent à certaines agences de renseignement pour capter des informations confidentielles. C’est ce que rapporte Politico, qui raconte dans une enquête publiée le 12 juin dernier comment les espions russes  utilisent le premier réseau social mondial pour inonder l’armée américaine de propagande.

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La Russie est de ces pays qui utilisent les réseaux sociaux pour récupérer des informations gouvernementales confidentielles. À côté du piratage de comptes et de données personnelles, la création de fake news et leur circulation orchestrée, les espions russes essaient aussi d’amadouer les soldats américains sur Facebook en les ajoutant comme ami. Sous couvert d’une fausse identité bien sûr, généralement féminine et séduisante.

 "Certaines techniques ne sont pas très sophistiquées, d’autres plus complexes", explique à Politico, John Bambenek, responsable des renseignements.

Instrument de propagande pro-russe

Sans toujours utiliser la carte de la séduction, devenir ami avec des soldats américains sur Facebook permet aux espions russes de distiller des messages de propagande qui s'affichent sur le fil d’actualités de leurs cibles. Parfois, le stratagème génère les effets escomptés. Politico rapporte ainsi le témoignage de Serena Mornin, une ancienne miliaire : elle raconte comment l’histoire d’un soldat russe mort héroïquement face au groupe État islamique, qui circulait sur Facebook, a fini par susciter une admiration unanime dans les rangs des soldats américains. Aux États-Unis, le sentiment pro-Poutine s'est dévéloppé : depuis 2015, il est passé de 13 % à 20 % d'opinion favorable.

"Les militaires sont formés pour éviter de tomber dans les pièges russes sur les réseaux sociaux"

"La prolifération des communications basées sur Internet et les applications de réseaux sociaux a élevé le risque d’un usage néfaste qui peut affecter nos personnels", reconnaît Linda Rojas, porte-parole du Pentagone. Pour former les militaires à appréhender et éviter les pièges tendus par les espions russes sur Facebook, des formations sont dispensées et les services de cybersécurité renforcés.

Les réseaux sociaux sont devenus l’un des outils de prédilection pour s’inviter dans la politique étrangère et militaire d’un pays. Après l’annexion de la Crimée par exemple, les soldats ukrainiens étaient inondés de messages pro-russes censés les démoraliser. Tout comme, après l’invasion de l’Iraq en 2003, les soldats américains bombardaient les militaires irakiens de mails les encourageant à se rendre, expliquait l'ancien conseiller antiterroriste à la Maison Blanche, Richard Clarke dans son livre "Cyber War" publié en 2010.

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