Facebook teste actuellement "Disaster Maps", un outil conçu en collaboration avec des associations humanitaires. Objectif : leur permettre d'accéder aux données de localisation des utilisateurs après une catastrophe naturelle.

Après un tremblement de terre, un tsunami ou n'importe quelle catastrophe naturelle, les associations humanitaires travaillent dans l'urgence. Mais pour déterminer quel type d'aide est nécessaire et à quels endroits précis, elles doivent avoir recours à des hélicoptères qui survolent les zones sinistrées ou avoir des équipes présentes sur le terrain. En plus d'être dangereuses, ces méthodes nécessitent des sommes d'argent considérables.

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Mais les choses pourraient évoluer grâce à Facebook. Le réseau social se dit prêt à aider les associations humanitaires en leur permettant de disposer d'une vue aérienne quasiment instantanément après le désastre. Et ce grâce à ce que le réseau social nomme "Disaster Maps", un outil en phase de test présenté mercredi 7 juin dans un article de blog.

Le principe est simple : des cartes agrègeront les données récoltées par Facebook dans les zones concernées pour fournir des informations cruciales pendant et après la crise. Ces données, qui seront anonymisées, devraient permettre de "donner un tableau plus complet" de la situation sur le terrain. "Nous avons constaté qu'après des catastrophes, les personnes concernées venaient sur Facebook pour partager des nouvelles de leurs proches et nous nous sommes dits que le principe des 'tendances', et toutes ces informations agrégées sur la plateforme, permettraient de combler le vide d'informations auquel sont confrontées les associations", raconte à Mashable Molly Jackman, chargée des politiques publiques chez Facebook.

Emplacement, densité, direction : les données fournies par Facebook aux associations

Une version bêta de l'outil est en cours de test par trois organismes : le Programme alimentaire mondial (PAM), l'Unicef et le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Facebook partage avec elles trois types d'informations. D'abord, via le désormais célèbre Safety Check, notamment utilisé lors des attaques terroristes, les ONG peuvent savoir où sont situées les personnes saines et sauves. "Nous essayions de déterminer où se trouvent les personnes en sécurité et où sont celles qui ne le sont pas", pour réaliser un premier tri, explique Molly Jackman. "Mais il existe plusieurs raisons pour lesquelles un individu, blessé ou non, en sécurité ou non, n'est pas représenté par ce signal."

Une version bêta de l'outil est en cours de test par trois organismes

C'est là qu'intervient le deuxième type d'informations transmises aux associations humanitaires. Facebook va fournir une carte de la densité des lieux concernés pour déterminer où les groupes de personnes sont localisées avant, pendant et après la catastrophe. Le réseau social estime que, conjugée aux informations obtenues par satellite, cette donnée permettra d'obtenir une visualisation précise de la situation sur le terrain.

Enfin, la firme de Mark Zuckerberg s'engage également à fournir des données sur les mouvements des populations. Il est important de savoir si elles sont évacuées vers le nord, le sud, l'est ou l'ouest afin que les organismes puissent faire parvenir nourriture, eau et médicaments au bon endroit. Les équipes de secours seront également informées sur les zones sinistrées où bouchées par la circulation afin de leur permettre d'emprunter des chemins plus rapides.

Le "Disaster Maps", un outil anonyme

Pour mettre au point le "Disaster Maps", Facebook a travaillé avec les trois associations pour recueillir leurs besoins et déterminer quelles données et quel format seraient les plus utiles. De ces échanges, Facebook a conclu qu'il n'était pas forcément efficace de faire parvenir des informations à un niveau individuel. Les associations avaient en effet besoin de travailler sur une échelle plus grande, en obtenant des informations sur, par exemple, un quartier précis toutes les 90 minutes.

"C'était intéressant car nous avons réalisé que nous pouvions protéger les données privées", affirme Molly Jackman. Facebook en parle ainsi comme des "données agrégées désidentifiées". Les cartes intègrent pour l'heure les données des personnes qui utilisent Facebook sur leurs téléphones et ont autorisé l'application à accéder à leur localisation. Aucune information relative à l'identité des personnes n'est nécessaire. L'anonymat est donc préservé. CQFD.

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Facebook

Une aide précieuse, voire nécessaire

Ces données transmises par Facebook pourraient-elles révolutionner la gestion des crises humanitaires ? Les organisations impliquées dans le projet affirment que l'outil leur offre les informations dont elles ont le plus besoin en leur permettant de suivre quasiment en temps réel les déplacements de populations et les dangers auxquels elles sont confrontées.

"Des cartes très précises peuvent seconder le travail de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge qui mènent des missions humanitaires à travers le monde entier", affirme dans un communiqué Jono Anzalone, vice-président du service international de la Croix Rouge aux États-Unis. "Beaucoup d'entre elles nous aident beaucoup, de la distribution des fournitures de secours à la préparation et protection des communautés. En partageant avec la Croix-Rouge des États-Unis les mouvements de localisation anonymes et les données du Safety Check, Facebook nous permet d'affiner les outils essentiels dont nous avons besoin pour cibler les communautés dans le besoin et leur délivrer une aide."

Par exemple, à Haïti, après l'ouragan Matthew, nous avions constaté que la carte était devenue entièrement noire"

Facebook n'entend pas s'arrêter là. Molly Jackman assure que le réseau social va continuer à améliorer son outil, multiplier les tests et étudier des "cas passionnants". "Par exemple, à Haïti, après l'ouragan Matthew, nous avions constaté que la carte était devenue entièrement noire", raconte la chargée des politiques publiques. "Et ce n'était pas parce que les gens avaient arrêté d'utiliser leurs téléphones portables, mais parce qu'il n'y avait plus de réseau. Et l'une des priorités pour les associations devient alors d'identifier les zones où il faut rétablir le réseau au plus vite, pour les victimes et les équipes de terrain que vous comptez envoyer."

Autre exemple pour lequel Disaster Maps serait utile : la saison de la mousson en Inde, marquée par de fortes inondations. Grâce aux données recueillies lors des saisons précédentes, cela pourrait permettre aux populations d'être davantage préparées aux aléas du climat.

Une fois la phase de test achevée, Facebook prévoit d'ouvrir le projet à d'autres associations et espère faire participer des gouvernements. "Je ne crois donc pas que nous ayons encore totalement compris comment ces données peuvent être utilisées de la manière la plus utile possible", affirme Molly Jackman. "Nous voulons mieux les appréhender et, grâce à ces tests, être capables de partager nos retours avec une communauté élargie."

– Adapté par Majda Abdellah. Retrouvez la version originale sur Mashable.

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