Alors que la lutte contre les "fake news" se poursuit, le premier réseau social du monde reconnaît s'être transformé en un espace fertile pour les activistes politiques, prêts à tout pour influencer le débat public.

"Je pense que l'idée selon laquelle Facebook a pu influencer l'élection d'une manière ou d'une autre est complètement folle", affirmait Mark Zuckerberg en novembre dernier, répondant à ceux qui l'accusaient d'avoir favorisé l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, à cause du flux d'informations incontrôlées partagées sur le réseau social. Depuis, le patron de Facebook semble avoir changé d'avis. Après les efforts pour combattre les fake news, le réseau social s'est expliqué ce jeudi 27 avril sur la manière dont il pouvait être détourné par des groupes militants, parfois malveillants, à des visées politiques.

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Dans un article disponible en PDF, Jen Weedon, William Nuland et Alew Stamos, employés en charge de la sécurité chez Facebook, mettent en garde contre les "opérations d'informations", ces "activités menées par des acteurs organisés, gouvernementaux ou non, pour fausser le sentiment politique national ou étranger, dans le but général de parvenir à des conséquences géopolitiques." 

Rassembler, créer, amplifier

Ces comportements, épinglés à plusieurs reprises dans les médias, se résument à bien plus que la seule diffusion de fake news. Facebook explique ainsi distinguer trois phases structurant une "opération d'informations". D'abord, le rassemblement de données ciblées qui passe notamment par le piratage de comptes. Ensuite la création de contenus fake : fausses informations, mèmes et faux comptes qui sont générés à la pelle. Enfin, la dernière phase désignée par Facebook comme "amplificatrice" consiste à diffuser massivement les faux contenus créés, à lancer des groupes de propagande, engranger les likes et réactions, commenter pour troller la cible définie.

En France, 30 000 faux comptes de propagande politique suspendus

Facebook cite le cas de la campagne présidentielle américaine, polluée par le partage d'informations volées "en vue de nuire à la réputation d'une cible politique". Si aucun acteur institutionnel n'est explicitement nommé dans l'article, Facebook affirme néanmoins ne pas "contredire" les déclarations du gouvernement fédéral des États-Unis qui accusait, en janvier, la Russie d'intervenir dans la campagne présidentielle en faveur de Donald Trump. Les mêmes techniques ont été adoptées en France, puisque des hackers russes ont tenté de mener des cyberattaques contre Emmanuel Macron. Facebook assure ainsi avoir suspendu 30 000 faux comptes de propagande politique en France.

Quelles mesures de régulation ?

Pour contrer les détournements malveillants de sa plateforme, Facebook entend poursuivre ses efforts. Il s'agit de "continuer à étudier et contrôler les tentatives de ceux qui veulent manipuler le discours citoyen" et "innover dans le contrôle des comptes en identifiant les faux profils" ou même "élargir notre politique de confidentialité et nos options de sécurité". Par ailleurs, le réseau social entend aussi "participer à des efforts multipartites pour sensibiliser les personnes les plus vulnérables aux moyens disponibles pour sécuriser leurs informations" et "soutenir les programmes d'initiation aux médias".

Mais toutes ces tentatives de régulation peuvent sembler encore trop limitées face à l'ampleur de la stratégie des activistes qui s'organisent depuis plusieurs plateformes. À l'instar du logiciel Discord où, comme le révélait BuzzFeed, se sont créés les tchats "The Great Liberation of France", où des étrangers pro-Trump tentent d'influencer la campagne présidentielle française pour faire élire Marine Le Pen, ou encore la "Taverne des Patriotes", rassemblant également des soutiens du Front National. Comme le veut la technique d'"opération d'informations" identifiée par Facebook, on y diffuse des mèmes, des tweets à relayer, on appelle à la mobilisation en ligne, ou à rejoindre des groupes anti-Macron sur... Facebook.

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Capture d'écran Discord

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