Dans un tweet malheureux (et supprimé depuis), Sciences Po Paris a évoqué l'asso SciencesCurls qui lutte pour le "cheveu libre" et associé son combat à un émoticône "mouton". Un rapprochement d'idées plus que maladroit.

Ne pas avoir les cheveux raides et assumer fièrement sa coupe afro : ce n'est pas tous les jours simple, lorsque l'on vit dans une dictature du cheveu lisse. Heureusement, la libération capillaire gagne du terrain : on en parle davantage, des artistes en font des morceaux et des associations se chargent d'être des espèces de base-arrière de cet empowerment.

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SciencesCurls, qui regrette que "tous les jours nous ne cessons d'exotiser, d'animaliser, de déshumaniser les corps des personnes noires" est l'une d'elles.

Vendredi 14 avril, à 14 h, le compte Twitter de Sciences Po Paris a partagé un reportage de TV5Monde présentant l'association étudiante qui milite pour le cheveu libre, c'est-à-dire le droit de porter ses cheveux au naturel, bouclés, coupe afro ou tout autre type de coiffure. Mais dans ce tweet, quelque chose interpelle :

Une émoticône "mouton" est associée au terme "cheveux naturels". L'association SciencesCurls a immédiatement réagi sur le réseau social :

Exotisation des corps de femmes noires

"[Nous] sommes extrêmement choqué-e-s de constater que l’on se permette de comparer les cheveux texturés naturels à des pelages d’animaux", développe l'association dans une série de tweets. "Et pas n’importe lesquels : ni le lion, ni le renard emblématiques de l’école mais…. Le mouton ? Qu’est-ce que cela signifie ?" "Être ridiculement comparés à des animaux", ce n'est pas ce que SciencesCurls attendait d'une école "que nous croyions pourtant de notre côté".

Alors que le tweet originel était discrètement supprimé et remplacé, à 15h30, par une version cette fois dénuée d'émoji, les internautes attendent toujours des excuses de la part de l'école, qui n'a toujours pas réagi (et n'a pas répondu à nos diverses sollicitations) à l'heure où nous écrivons ces lignes.

Le hashtag #NousNeSommesPasVosMoutons a émergé sur Twitter, tandis que l'association afroféministe Afro-Fem et l'association des étudiants africains de Sciences Po exprimaient leur soutien à SciencesCurls. 

Samedi 15 avril, la page Facebook s'excuse auprès de l'association SciencesCurls, admettant l'emploi "maladroit" de l'émoji mouton, et promettant de "redoubler de vigilance" dans le futur. Problème : l'école demande pardon dans un commentaire, publié sous le communiqué de SciencesCurls sur cette affaire. Le parallélisme des formes, qui voudrait que Sciences Po s'excuse dans le même format que son erreur originelle – un tweet – n'est pas respecté. Si SciencesCurls apaise les tensions en acceptant ces excuses, d'autres internautes pointent du doigt ces excuses "faites en catimini".

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Capture d'écran Facebook/SciencesCurls

Cheveu libre et racisme ordinaire

Pour SciencesCurls, ce tweet et l'émoticône utilisée sont symptomatiques des raisons pour lesquelles il faut militer pour le "cheveu libre".

"Dans le monde professionnel, les cheveux texturés sont associés à une négligence"

"Les cheveux lisses sont présentés comme une norme ou comme un objectif à atteindre", témoigne Julie Vainqueur, membre de l'association, aux Observateurs de France 24. "Dans le monde professionnel, on a tendance à associer les cheveux texturés à une négligence. [...] La question esthétique devient presque un reproche de manque d’hygiène, certains demandent carrément si on les lave... C’est dégradant."

Dans une société où les cheveux lisses et raides sont considérés comme la norme, de nombreuses associations et groupes, principalement afroféministes et antiracistes, militent pour le droit de porter librement des coupes afro ou des cheveux bouclés, tout simplement leurs cheveux au naturel, sans être la cible de remarques dégradantes ou racistes. "Pendant un stage en communication dans un groupe médiatique, un des employés s’est exclamé à ma vue : 'Ah, qu’elle est belle cette choucroute !'", raconte Julie Vainqueur. 

En avril 2015, c'est le magazine Voici qui s'était moqué de la coupe afro d'Omar Sy sur le tournage du film "Chocolat". "Il frise le ridicule" titrait l'article, où était décrite sa "coupe terrifiante", soulignant "qu'avec cette boule à la Jackson Five, il devrait faire rire les petits enfants". L'acteur avait alors répondu en toute simplicité.

Mashable a cherché à joindre l'équipe de communication de Sciences Po Paris pour obtenir des réactions, en vain pour le moment.

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