Facebook s'est déclaré prêt à offrir une contrepartie financière aux médias avec qui il collabore dans sa lutte contre les "fakes news". Une décision qui laisse transparaître les difficultés du réseau social à enfiler entièrement son costume d'arbitre.

Alors que l’on savait depuis plusieurs mois Facebook bien décidé à lutter contre les fake news, accusé d’avoir laissé pulluler sur sa plateforme de fausses informations durant la campagne présidentielle américaine, de nouvelles annonces de la part du réseau social pourraient bien rendre son action plus concrète qu’elle ne l’a jamais été.

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Dans une interview accordée au Financial Times, Adam Mosseri, vice-président de Facebook, se dit prêt à rémunérer les rédactions avec qui collabore l’entreprise depuis le lancement de son outil de vérification des informations partagées quotidiennement par son milliard et demi d’utilisateurs. 

"Si une coopération responsable implique un engagement financier, alors nous y sommes ouverts"

Mis en place depuis mois dans différents pays comme les États-Unis, l’Allemagne et la France, ce dispositif, dont nous vous parlions à son annonce, prend l’aspect d’une procédure de signalement par les utilisateurs. Lorsque ces derniers estiment qu’un contenu circulant sur le réseau social est suspect, ils le font alors remonter au sein d’un portail spécifique auquel les médias partenaires ont accès (l’AFP, Le Monde, BFMTV, France Télévisions, France Médias Monde, L’Express, Libération et 20 Minutes en France). S’effectue alors le travail de vérification journalistique ; si deux médias concluent que l’information signalée est fausse, alors un avertissement s’affiche sous forme de bannière sous l’aperçu. 

"Nous sommes en train de réfléchir à une relation commerciale (…)", a affirmé Adam Mosseri. "Si une coopération responsable implique un engagement financier, alors nous y sommes ouverts". Difficile de savoir ce qui a poussé Facebook à faire ce pas en avant, ni même si la problématique de la rémunération avait été ouvertement discutée dès le début du projet avec les médias. Mais le site Numerama rappelle l’avertissement du journal Le Monde, formulé par son directeur au mois de février : "De chaque côté, on sait que si l’expérimentation devait se prolonger, la question des compensations pour le travail spécifique que les médias réaliseraient serait nécessairement posée. Même s’il ne s’agit dans un premier temps, de part et d’autre, que de tester et d’évaluer."

Un howto pour aider à mieux distinguer les fake news

Par ailleurs, Facebook a annoncé dans un communiqué le lancement ce vendredi sur sa plateforme d’un "outil pédagogique visant à aider les utilisateurs à mieux repérer les fausses informations". Prenant la forme d’un petit guide, accessible en haut du fil d’actualités de chacun, il prodiguera des conseils pour faciliter la détection de fake news : comment, par exemple, se méfier d’une URL douteuse, d’une photographie qui semble retouchée, ou encore d’une absence totale de reprise d’une information par d’autres sources…

Rédigé en collaboration avec la coalition FirstDraft (un réseau de médias spécialisés dans la vérification des informations), il sera déployé dans 14 pays, dont la France, "dans les jours à venir". Facebook annonce également que le dispositif sera complété dans les semaines à venir par une campagne de sensibilisation dans la presse écrite et digitale. 

Facebook, toujours assis entre deux chaises

Malgré ses efforts – et la rémunération de ses collaborateurs, si elle devient effective, en est un non-négligeable –, certains considèrent que Facebook reste encore trop tiède en matière de lutte contre les fausses informations, lui qui est devenu l’un des agrégateurs d’informations les plus puissants au monde. Mais à l'heure où le réseau social de Mark Zuckerberg ne cesse de rappeler qu’il n’est pas un média, bien qu’il ait eu tendance à en avoir parfois les comportements éditoriaux, un financement d'experts indépendants chargés de vérifier les informations en circulation sur la plateforme semble être à ce jour un nécessité. Car depuis le début de la mise en place du dispositif, les rédactions partenaires effectuent ce travail bénévolement.

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