Qui sont les trolls, de quoi se nourrissent-ils, quels sont leurs réseaux ? Spoiler alert : ils se cachent en chacun de nous.

Le troll n'est pas forcément celui que l'on croit. Il n'est pas nécessairement cet être haineux qui boit 25 cl d'animosité tous les matins au petit déjeuner, peste sur tout le monde dans le métro et crache sur le pas de porte de son voisin.

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Selon une étude menée par les universités de Stanford et de Cornell, les harceleurs en ligne peuvent être d'ailleurs des personnes tout à fait sympathiques dans la vraie vie. Ce peut-être une personne bien sous tout rapport (comme vous et moi), votre charmant beau-père avec qui vous vous marrez devant les sketchs d'Edouard Baer ou encore votre petite cousine de 11 ans qui collectionne des porte-clés en forme de panda roux.

L'autre conclusion, c'est donc que chacun peut devenir une personne toxique en ligne, en particulier lorsqu'un faisceau de critères se trouvent réunis à un instant T. Oui, même votre petit frère à qui l'on a pourtant appris à céder sa place aux personnes âgées dans le bus et à ne pas faire de grimace sur la photo de classe.

Ce sont tout particulièrement deux facteurs qui peuvent réveiller le troll qui sommeille en chacun de vous : le ton des autres commentaires qui peut vous irriter et votre humeur du jour susceptible de vous conduire à réagir au quart de tour.

En cause : la "spirale de la négativité"

"Un modèle prédictif de comportement de harcèlement en ligne montre que l'humeur et le contexte de discussion sont de nature à générer la colère incontrôlable", écrivent les auteurs de l'étude. Ils poursuivent : "Ces résultats montrent comment des gens ordinaires peuvent, dans certaines circonstances, devenir de véritables harceleurs en ligne."

Dans le détail, on apprend que le pic de mauvaise humeur, et donc l'état mental propice aux mauvaises interactions, intervient particulièrement en fin de week-end et en début de semaine. Les propos haineux se font donc plus récurrents le dimanche et le lundi, particulièrement lorsque les gens sont fatigués (entre 22h et 3h du matin). Ces précisions semblent aller dans le sens d'un autre constat, cette fois formulé en 2016 : celui que le harcèlement sur Twitter est particulièrement vif le dimanche entre 17h et 20h, vraisemblablement lorsque les gens sont disponibles pour surfer (puisqu'ils ne sont pas au bureau) mais déjà stressés à l'idée de reprendre bientot une nouvelle semaine de travail.

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"C'est ce que l'on appelle la spirale de la négativité", fait remarquer Jure Leskovec, chercheur à l'université de Stanford. "Il suffit d'ailleurs qu'une personne s'énerve violemment pour que d'autres internautes suivent. En gros, les commentaires haineux appellent les commentaires haineux", conclut-il.

Les harceleurs réguliers ne sont pas la majorité

En d'autres termes, ce que montre l'étude, c'est que les propos violents et comportements de harcèlement en ligne sont moins le fait d'une personnalité dans l'absolu que le produit d'une situation crispante. Bien sûr, certains sujets sont particulièrement enclins à être des harceleurs réguliers. Mais la plupart du temps, le plus gros des agressions verbales vient donc de Monsieur et Madame Tout-le-monde.

Si tel est le cas, les efforts formulés par des plateformes comme Twitter pour aller à la chasse aux harceleurs réguliers ne suffiront pas. Une approche plus systémique, comme celle de soumettre quelques questions à l'internaute avant de le laisser commenter, serait plus juste si l'on veut faire d'Internet un endroit globalement plus serein.

– Retrouvez la version originale sur Mashable.

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