En 2012, le site "Paye ta shnek" était lancé pour dénoncer le sexisme ordinaire dans l'espace public. Depuis, la démarche a fait des émules. Jusque dans le journalisme, avec "Paye ton journal".

Sur les réseaux sociaux, il y a désormais "Paye ta robe" pour les avocates, "Paye ta blouse" dans le milieu hospitalier, ou encore "Paye ton taf", "Paye ta fac", "Paye ton sport"... Et depuis le début de l'année, voilà maintenant "Paye ton journal", dans le milieu du journalisme. Toutes ces pages internet calquées sur "Paye ta shnek" connaissent de plus en plus de succès.

Anaïs, qui a lancé "Paye ton journal" il y a tout juste une semaine, préfère rester anonyme. Elle le dit, le succès que rencontrent toutes ces pages est à la fois une bonne et une mauvaise chose. Bonne, car la parole se libère ; de plus en plus de femmes dénoncent ces remarques sexistes. Mais dans le même temps, mauvaise, puisque cela illustre que toutes ces remarques restent aussi fréquentes.

"Je trouve qu'il y a un peu une hypocrisie, parce que dans les médias actuellement, on en parle beaucoup... Quand Cécile Duflot se fait siffler à l'Assemblée nationale, on en fait des articles en disant que c'est honteux, etc. Et puis, deux minutes après, il y a notre collègue qui nous fait une remarque sur notre jupe", explique la journaliste.

"Je reçois peut-être au moins un témoignage par heure"

Comme le dit Anaïs, c'est un paradoxe : on voit beaucoup d'articles pour critiquer le machisme et le sexisme, mais il faudrait peut-être commencer par balayer devant sa porte. Et visiblement, il y a de quoi dire. Depuis que la page a été créée il y a une semaine, "Paye ton journal" a déjà recueilli des dizaines de témoignages. A tel point que celle qui a lancé la page a été très surprise par le succès rapide de sa démarche.

"Je n'ai pas compté, mais je reçois peut-être au moins un témoignage par heure actuellement. Dans la journée, j'en reçois vraiment pas mal. Déjà, on dénonce. Les personnes qui ont été harcelées, ou insultées ou des choses comme ça, osent en parler. Même si pour beaucoup, ça reste anonyme, au moins elles se libèrent, elles le disent. C'est déjà un pas en avant. Après, pour faire changer les mentalités, ça, je ne sais pas encore..."

Une chose est sûre, la démarche de dénoncer le sexisme ordinaire trouve un large écho. "Paye ta shnek", le plus ancien, a plus de 200 000 abonnés sur Facebook. Si on additionne toutes les pages du même genre, on n'est pas loin des 300 000. Ceci dit, malgré le succès, il y a toujours autant de témoignages de femmes. La preuve, s'il en est, que même si on en parle, même si on les dénonce, certains comportements plus que "limites" ont encore la vie dure.

– Article de Simon Rozé initialement publié sur le site de RFI.

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