Un étudiant chinois a réussi à faire croire aux services de cartographie qu'une rue portait son nom. Pendant quatre ans.

Imaginez habiter quatre ans dans une rue qui ne porte pas le bon nom sur Google Maps. C’est ce qu’il s’est passé en Chine, où un artiste a réussi à faire ajouter par le gouvernement et Google Maps, une route nommé après lui.

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Voici ce qu’il s’est passé : en 2013, Ge Yulu, un artiste vivant à Pékin, est tombé sur une rue qui ne possédait aucun panneau de signalisation indiquant son nom. C’est là qu’il a décidé d’installer son propre signe, d’apparence officiel, indiquant son propre nom, "Ge Yulu". La rue, localisée dans le district de Chaoyang est longue d'environ 460 mètres.

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Le panneau que Ge Yulu a installé en 2013.
VCG VIA GETTY IMAGES
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La rue en question sur Baidu Street View.
Baidu

Dans un essai publié sur Zhihu (l’équivalent de Quora en Chine), Ge Yulu documente la façon dont son panneau a fini par se retrouver, d’abord dans la documentation gouvernementale et finalement sur des cartes en ligne comme Apple Maps, Google Maps, Baidu Maps et Autonavi.

C’est Autonavi, service de cartographie du géant chinois Alibaba, qui a renommé la rue en premier en 2014. Le service est très majoritairement utilisé dans le pays et fournit des données cartographiques à Apple et Google. La ville de Pékin s’est même mise à installer des lampadaires portant le nom non-officiel de la rue.

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La rue Ge Yu, "Ge Yu Lu" en chinois, sur Google Maps.
Google

Projet artistique

Le panneau était en fait un projet artistique mené par Ge Yulu qui suit les cours de l’Académie Centrale des Beaux-Arts. L'étudiant a souhaité travailler sur le double sens de son nom de famille, qui contient le mot chinois "route". En effet, "Lu" peut vouloir dire route, donc "Ge Yu Lu" peut se traduire par "la route de Ge Yu". Dans une interview avec un journal universitaire, Ge Yulu explique qu’il voulait explorer le sens de sa propre identité et le mettre en rapport avec l’espace public.

"Quand je suis arrivé à Pékin, je me suis rendu compte que cette métropole avait beaucoup de coins et de recoins," explique-t-il. "Je me suis demandé si ‘Ge Yulu’ pourrait survivre dans l’un de ces recoins… un endroit que les gens ignorent d’habitude."

Des représentants gouvernementaux ont expliqué au Southern Metropolis Daily que ces panneaux avaient été enlevés. En Chine comme ailleurs, seuls les urbanistes gouvernementaux ont le droit de nommer des routes. L’étudiant avait d’ailleurs conscience que sa performance artistique était probablement illégale.

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CG VIA GETTY IMAGES

Quant à l’erreur de cartographie d’Autonavi, un représentant de l’entreprise a expliqué au Beijing Youth Daily que les noms de rues sont normalement collectés de façon autonome et que les nouvelles rues sont ajoutées grâce aux données de géolocalisation des utilisateurs. D’après Autonavi, les vérifications normalement effectuées n’ont peut-être pas été assez rigoureuses.

Qui sait, à Paris, si la station Quai de la Rapée existe, c'est peut-être parce qu'un jour un fin gourmet (amateur de râpée de pommes de terre ?) l'a un jour renommé sans que personne ne s'en rende compte...

– Retrouvez aussi l'article de Mashable.

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