La frontière entre le Mexique et les États-Unis est au cœur d'intenses débats, avec le projet de Donald Trump d'y construire un mur. Pour redonner un visage humain à cette région, deux frères sont allés photographier les gens qui y vivent.

Toutes les semaines, une petite équipe de baseball se réunit tard à El Paso, au Texas. Dans la nuit noire, éclairés par des lumières éclatantes, ils s'entraînent. Au loin on aperçoit un grand 'X' rouge illuminé marquant la fin du territoire mexicain à la frontière avec les États-Unis.

Des garçons de 11 ans composent cette équipe. Tous ont grandi à quelques dizaines de mètres de la frontière. Pour eux, cette zone du territoire américain – actuellement au cœur d'un débat politique enflammé – est leur maison, leur terre natale.

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Deux frères ayant aussi grandi là ont décidé de raconter l'histoire de ceux qui vivent près de la frontière. Yonathan Moya et Jordan Moya ont voyagé le long des 3 200 kilomètres qui séparent Brownsville (au Texas) de San Diego (en Californie), d'un bout à l'autre de la frontière. Pendant 9 jours, à travers de multiples photos et anecdotes, ils ont immortalisé la vie le long de cette ligne grillagée séparant deux pays aux relations tendues.

Ce projet a pris le nom de Border Perspective. Avec lui, les frères espèrent créer un lien entre ceux qui ne visiteront jamais cet espace et ceux qui y vivent au quotidien.

"Nous n'avions rien planifié", explique Yonathan. "Nous voulions seulement documenter la vie le long de la frontière et apprendre, en écoutant les points de vue des gens qui vivent là-bas."

"Nous n'avions rien planifié"

Leur voyage les a fait traverser le sud du Texas, du Nouveau-Mexique, de l'Arizona et de la Californie. Ils ont rencontré de nombreuses personnes aux expériences très différentes – une femme collectionnant les chaussures portées par des immigrés pour aider à raconter leur histoire, un immigré ramené à la frontière, une femme offrant le logis aux immigrés arrivés sur le territoire américain, et cette petite équipe de baseball à El Paso.

Les frères Moya ont financé leurs dépenses de voyage et leur équipement grâce à une campagne Kickstarter.

Comme le nom du projet l'indique, la frontière a sa propre culture, sa dynamique. Yonathan décrit la région comme n'étant pas complètement américaine, mais pas entièrement mexicaine non plus : elle est à part.

"Ce que nous sommes aujourd'hui dépend largement de notre enfance passée dans cette région", explique Yonathan. "Mais même en ayant grandi là, nous avons réalisé que nous ne savions pas tout sur la vie ici. Nous voulions partager la frontière avec les autres, mais nous voulions aussi en apprendre plus pour nous-mêmes."

Enjeu politique, vies humaines

Malgré la fascination de toujours qu'ils éprouvent pour la culture de leur région, les frères Moya ont ressenti comme le devoir de lancer Border Perspective, en réponse à l'obsession de Donald Trump pour ce "mur", selon Yonathan.

Le débat intense autour de la construction de cette frontière renforcée était un argument décisif de la campagne présidentielle. Donald Trump lui-même décrivait son projet comme un "gros et magnifique mur".

Le président a, à plusieurs reprises, qualifié les immigrés de dangereux, affirmant qu'ils "présentent une menace significative pour la sécurité nationale et la sûreté publique" à cause des crimes violents, des drogues et du trafic humain auxquels ils les associent. Ces accusations ont été plusieurs fois réfutées, autant par les militants pour les droits des immigrés que par des études sur le sujet.

Un peu d'humain à la frontière

D'après Yonathan, l'ambition de la fratrie est d'injecter plus de compassion et d'empathie dans le débat sur la frontière américano-mexicaine, en montrant au public que de vraies personnes seraient directement touché par ce mur.

"Quand nous entendons différents points de vue sur ce sujet, ils ne représentent souvent qu'une structure, ce qui en fait oublier l'aspect humain de la frontière", explique-t-il. "La seule vision que beaucoup de gens ont de la frontière est la même que celle dépeinte par les médias, c'est-à-dire le côté négatif, avec les drogues et l'immigration illégale."

Leur voyage est aujourd'hui terminé, mais le duo a encore des photos et des histoires à partager sur Instagram et sur le site de Border Perspective. Ils ont également demandé bourses et financements pour pouvoir faire plus de voyages du même genre le long de la frontière. D'autres personnes sont encore à rencontrer, d'autres histoires sont encore à raconter.

Sur Instagram, Yonathan et Jordan ont invité les personnes vivant le long de la frontière à partager leurs expériences et leurs anecdotes avec le hashtag #borderstories.

"L'une des choses que j'aimerais faire comprendre, ce sur quoi j'aimerais faire réfléchir, c'est que les gens qui vivent là font le choix quotidien de continuer à vivre normalement, au milieu de toutes les difficultés liées à la présence, si proche, de la frontière", conclut Yonathan.

– Adapté par Charlotte Viguié. Retrouvez la version originale sur Mashable.

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