Il aura fallu attendre 19 ans pour que le festival Coachella laisse la place de tête d’affiche à une femme noire. Alors Beyoncé en a profité pour livrer un show plus politique que jamais.

Au lendemain de la prestation de Beyoncé au festival de Coachella, le critique du New York Times ne tergiverse pas. "Il n’y aura pas de performance aussi significative, captivante, déterminée et radicale par un artiste américain cette année, ou dans les années à venir, que celle de Beyoncé à Coachella samedi soir", écrit Jon Caramanica.

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Et pour cause, le show de près de deux heures de la chanteuse était truffé de références à la lutte afro-américaine, dans la continuité de son album "Lemonade". Fière d’être là "première femme noire tête d’affiche à Coachella", Beyoncé a livré une performance engagée. On a essayé d’en identifier tous les symboles.

La reine Nefertiti

En haut des marches de la scène principale que Vince Staples surnommait ironiquement "la scène pour les Blancs" la veille, l’arrivée de Beyoncé a laissé coi les milliers de festivaliers. Coiffe sur la tête et cape à paillettes, l’artiste se mue en déesse égyptienne. Et la ressemblance avec les représentations qu’on a de la reine Nefertiti est troublante. Parmi les premières souveraines africaines ayant vécu autour de 1 350 avant J.C., aussi belle qu’influente, Nefertiti a eu un rôle politique primordial dans l’Égypte ancienne.

Apha Phi Alpha et les universités noires

Puis Beyoncé a troqué son costume de déesse pour un sweat jaune et noir, floqué d’un écusson d’université, qu’arborait également sa centaine de danseurs et musiciens qui l’accompagnait sur scène. Si certains ont cru reconnaître les couleurs de l’abeille, insecte qui suit l’univers visuel de la star depuis des années, il fallait plutôt y voir un hommage aux Alpha Phi Alpha, la première fraternité interuniversitaire créée par des Afro-américains en 1906. D’ailleurs pour imaginer leur écusson or et noir, les fondateurs des ΑΦΑ avaient eux aussi emprunté des icônes à l’Égypte ancienne.

À la différence qu’on imagine plutôt Beyoncé à la tête d’une sororité au nom tout trouvé : Beyonce Alpha Knowles.

Plus largement, on peut aussi voir dans ce tableau une référence aux HBCUs, pour "Historically black colleges and universities", les universités traditionnellement noires créées après la guerre de Sécession dans les anciens États et territoires esclavagistes des États-Unis alors que les Afro-américains étaient jusqu’alors exclus du cursus universitaire. Aujourd’hui, il existe encore 105 établissements de la sorte.

D’ailleurs parmi l’orchestre pharaonique du show, se glissaient des étudiants des universités de Floride, du Tennesse, d’Alabama, de Géorgie ou encore de Caroline du Nord, d’après le site Blavity.

L’activisme des Black Panther

Déjà omniprésents lors de sa prestation sur "Formation" à la mi-temps du Super Bowl en 2016 aux côtés de Coldplay et Bruno Mars, les symboles emblématiques du mouvement Black Panther étaient à nouveau là. Parmi les icônes repérés sur les sweats, le poing serré et la gueule d’une panthère noire, mais aussi les bérets noirs sur la tête des musiciens.

Comme c’était déjà le cas dans l’album "Lemonade" sur "Don't Hurt Yourself", Beyoncé a aussi veillé à faire résonner dans les haut-parleurs de Coachella une phrase de Malcolm X, militant des droits de l’Homme qui a influencé la fondation du mouvement politique révolutionnaire afro-américain : "La personne la moins respectée en Amérique est la femme noire… La personne la moins protégée en Amérique est la femme noire."

Les "figures noires" de Beyoncé

Outre cette citation de Malcolm X, le show de Beyoncé évoquait d’autres figures noires de l’Histoire avec des extraits sonores d’un discours de l’auteure féministe Chimamanda Ngozi Adichie, un passage du morceau "Lilac Wine" de Nina Simone, chanteuse et militante pour les droits civiques ou un hommage aux percussions de l’artiste nigérian engagé Fela Kuti.

Sans parler du moment où Beyoncé a entonné sur scène le titre "Lif Every Voice and Sing" de James Weldon Johnson qu’on qualifie souvent d’hymne national noir aux États-Unis.

Le "swag surf" contemporain

Last but not least, Beyoncé a fait une référence plus moderne au "swag surfin" ou "swag surf", inspiré d’une chanson du même nom de Fast Life Yungstaz sortie en 2009. Ce mouvement de danse est depuis devenu le symbole de l’unité de la nouvelle génération afro-américaine dont les exemples se multiplient dans les universités ou lors de manifestations.

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