Auteur de textes poétiques, bête de scène, Jacques Higelin s'est éteint ce vendredi. Les titres "Pars", "Champagne" et "Tombé du ciel" ont popularisé un chanteur ouvert à de multiples influences musicales.

Jacques Higelin, chanteur aux textes fantasques, improvisateur infatigable sur scène, à l’allure d’éternel adolescent avec ses cheveux en bataille et son humeur facétieuse, est mort ce vendredi 6 avril à Paris, à l’âge de 77 ans.

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Pionnier du rock dans le paysage musical français, multi-instrumentiste autant à l’aise à la guitare et à l’accordéon qu’au piano, Jacques Higelin se démarquait aussi avec des textes ciselés, poétiques, perchés, jouant avec les mots avec gourmandise. "Champagne" et "Tombé du Ciel" figurent parmi ses chansons les plus connues.

Le chanteur se construit ses goûts musicaux avec le jazz – Charlie Parker et Dizzy Gillespie, Fats Waller – et la chanson – Charles Trenet, Léo Ferré, Jacques Brel – qu’il écoute adolescent, dans le village de Brou-sur-Chantereine, en Seine-et-Marne, près de Paris, où il est né le 18 octobre 1940.

Ses premières expériences se forgent au théâtre et au cinéma, après une formation théâtrale au Cours Simon et des premiers cachets comme cascadeur. Son destin bascule avec une rencontre décisive, au milieu des années 1960, avec Brigitte Fontaine. Ensemble, ils enregistrent "12 chansons d’avant le Déluge".

La carrière solo de Jacques Higelin se présente tout d’abord sur des accords rock et sombres. Ce sont les albums "BBH 75" (1974), puis "Irradié" (1975) et "Alertez les bébés", prix de l’Académie Charles-Cros en 1976. La reconnaissance du public et de la critique se poursuit avec l’album "No man's land" (1978), dans lequel figure le titre "Pars", premier gros succès. Sa popularité grandit encore avec un double album sorti en 1979 : "Champagne pour tout le monde" et son jumeau "Caviar pour les autres..." Jacques Higelin tient alors plusieurs tubes : "Tête en l’air", "Hold tight", et surtout "Champagne".

Enfant de Charles Trenet et des Rolling Stones, il est l'un des premiers chanteurs à chercher à réconcilier le rock et la chanson à texte. Sur scène, il mêle également les genres, convoquant le jazz et le cirque dans des concerts-spectacles qui font la part belle à l’improvisation et aux envolées poétiques. La grandiloquence du show atteint ses limites en 1985, à Bercy, dans une mise en scène de Patrice Chéreau. Mais le succès est de nouveau au rendez-vous trois ans plus tard avec "Tombé du ciel". L'album se vend à plus de 300 000 exemplaires. La tournée qui suit est triomphale.

L’artiste enchaîne les dates dans les festivals, notamment au Printemps de Bourges et aux Francofolies, et profite de sa notoriété pour soutenir des causes qui le révoltent, écrire sur les sans-papiers ou les difficultés économiques, et s'engager aux côtés des sans domicile fixe.

En 2003, le musicien revient au répertoire qui a marqué son enfance, celui de Charles Trenet, avec lequel il a toujours entretenu une complicité musicale et poétique, en héritier déjanté et lunaire de celui qu’on surnommait le "fou chantant". Il monte un spectacle "Higelin enchante Trenet".

Trois ans plus tard, Jacques Higelin retourne à la composition, et sort "Amor Doloroso" (2006), suivi de "Coup de Foudre" en 2010. Ces deux albums, pour lesquels il travaille avec l'ex-leader de Kat Onoma, Rodolphe Burger, sont salués par la critique. Suivent "Beau Repaire", paru en 2013, puis son 20e et dernier album, "Higelin 75", à l'automne 2016. Plus libre que jamais sur ce dernier opus, le chanteur se permet un morceau-fleuve final de plus de vingt et une minutes, et dit attendre que "le temps s'arrête et que le ciel [lui] tombe sur la tête". Pour ses fans, il n’a jamais fini d’être "tombé du ciel", comme une fée sur la chanson française.

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