Netflix serait en passe de s’offrir plusieurs productions originales signées Luc Besson, ainsi qu’une partie du catalogue du studio EuropaCorp. Et on se dit qu’à bien y réfléchir, cet accord serait une vraie bonne issue pour le réalisateur français.

"Netflix est en discussion avec le studio EuropaCorp de Luc Besson pour que le réalisateur français réalise et produise plusieurs films pour le géant du streaming au cours des prochaines années", révèle la journaliste Elsa Keslassy, correspondante pour Variety, dans un article du 30 janvier. Selon les informations du magazine américain, la plateforme de Reed Hastings envisagerait non seulement de financer des productions originales, mais aussi de faire son shopping dans le catalogue d’EuropaCorp et même d’entrer au capital du studio français installé à Saint-Denis.

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Si pour le moment EuropaCorp n’a pas réagi à cette rumeur malgré nos sollicitations, on se dit que ces négociations – et le possible contrat qui en découlera – sont sommes toutes une étape plutôt logique pour ces deux acteurs de l’industrie du divertissement. En fait, le mariage Luc Besson – Netflix on aurait pu y penser avant, et voilà pourquoi :

  • EuropaCorp a besoin d’argent, Netflix en a plein à investir

"Valérian et la Cité des mille planètes", que Luc Besson rêvait de réaliser depuis son adolescence, n’aura pas été le coup de poker tant attendu. Le film, qui a coûté près de 200 millions d’euros soit le plus gros budget jamais investi pour un long-métrage européen, n’a pas réussi à renflouer les caisses du studio. Variety estime à 230 millions la dette d’EuropaCorp, qui prévoyait d’ailleurs déjà "un exercice 2017/2018 significativement déficitaire" dans son dernier rapport financier. Enfin, l’action d’EuropaCorp en bourse n’a fait que dégringoler, perdant 72 % l’an dernier.

"Renforcer les capacités financières d'EuropaCorp"

26 ans après sa création, EuropaCorp est dans le rouge. Amorçant une "stratégie de recentrage sur ses activités cœur de métier", l’entreprise se débarrassait à l’automne de ses activités de production télévisuelle pour la France. Avant d’annoncer au début de cette année la suppression de 22 emplois en France. Dans un communiqué du 23 janvier, le groupe "confirme avoir entamé des discussions avec divers partenaires financiers et/ou industriels en vue d’un renforcement de ses capacités financières". Et il se trouve que Netflix a justement quelque huit milliards de dollars à investir en 2018, avec, qui plus est, dorénavant un œil français à son conseil d’administration en la personne de Rodolphe Belmer.

Bon, Luc Besson risque par contre de devoir un petit peu brider sa folie des grandeurs créative et renoncer à son goût pour la 3D pour respecter les exigences de Netflix. D’après Variety, la plateforme accorderait un budget de production autour de 30 millions de dollars par création, bien loin donc des 86 millions du "Cinquième élément" ou des 180 millions de "Valérian".

  • Les productions Besson sont calibrées pour le marché international

En 2017, "Valérian et la Cité des mille planètes" a été le film français le plus vu à l’international. Avec 30,6 millions d’entrées dans le monde, le long-métrage inspiré des BD de Christin et Mezières a réuni 11,6 millions de spectateurs en Chine et 4,7 millions aux États-Unis et au Canada. C’est simple, Luc Besson a toujours su faire des films qui parlent au plus grand nombre et c’est exactement ce que recherche Netflix : la patte française pour le chic, et surtout un pouvoir de storytelling sans frontières pour convaincre ses près de 200 millions d’abonnés à travers 190 pays. Dans ses productions comme dans ses réalisations, Luc Besson a le flair pour miser sur des blockbusters universels qui, s’ils ne font souvent pas l’unanimité chez les critiques ciné, ont le mérite d’être populaires. La saga "Taken" en est la preuve, alors qu’elle se décline encore aujourd’hui en série sur la chaîne NBC.

Quant à accepter de voir ses créations originales zapper les salles obscures pour sortir en streaming, Luc Besson n’est a priori pas contre. Au printemps 2017, la série "Playground", réalisée en anglais par les Français Olivier Schneider et Pascal Sid, était une "idée originale de Luc Besson" pensée pour la plateforme Blackpills – destinée aux écrans mobiles et fondée par Patrick Holzman et Daniel Marhely. Imaginer Luc Besson travailler sur une production alliant trame narrative forte et innovation technologique comme les frères Duffer pour "Stranger Things" n’est pas si irréaliste.

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Interrogé sur l’éternelle question française de la chronologie des médias par nos confrères de Première en juillet dernier, Luc Besson confiait : "La chronologie des médias actuelle doit exploser évidemment. Je suis pour une offre courte premium de 48 h, dès la sortie d’un film, à un tarif important sur une plateforme VOD qui devrait en partie appartenir aux exploitants." On est loin du mode de fonctionnement de Netflix bien sûr, mais cela prouve que le réalisateur de "Lucy" n’est pas réfractaire au principe de vidéo à la demande payante. Si rien ne précise que le possible deal avec la plateforme inclura toutes les productions d’EuropaCorp, ce nouveau modèle de distribution imposé par Netflix arrive alors que les contrats du studio avec de nombreux distributeurs traditionnels à l’international "expirent dans les prochaines années", précise Variety.

  • Netflix réoriente doucement sa ligne vers le mainstream

Les avantages en termes de financement et de visibilité sont indiscutables pour EuropaCorp et Luc Besson. Mais alors quel est l’intérêt de Netflix dans cet accord ? Peut-être celui de conforter un doux virage dans sa stratégie de production et d’acquisition.

D’après certains acteurs de l’industrie, le géant du streaming serait en train de revoir l’optimisation de ses investissements. En 2016 et 2017, Netflix et son concurrent Amazon avaient fait une razzia au festival de Sundance avec cinq à dix acquisitions chacun. Et puis cette année, plus rien. Un comportement qui laisse à penser que les deux se détourneraient des films indépendants pour miser plutôt sur des films à gros budget et gros casting. "L’absence d’achat d’Amazon et Netflix au festival confirme ce que certains avaient déjà entendu chez ces entreprises dès l’écriture de scénario des projets : ils préfèrent abattre leurs cartes pour des projets comme 'Bright' avec Will Smith chez Netflix, ou la valeur sûre de la série 'Le Seigneur des Anneaux' chez Amazon", rapporte Business Insider. Une tendance également observée par Reuters quelques semaines plus tôt.

Sans pour autant tourner le dos à ses envies de démocratiser l’accès aux documentaires ou de promouvoir les exceptions culturelles allemandes, mexicaines ou danoises, il parait évident que Netflix doive également miser sur des titres mainstream dans son catalogue, capables de générer facilement des retours sur investissements pour financer le reste. Et quand on y pense, de "Bright" à "Valérian", il n’y a qu’un pas, non ?

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