Resté près d'un siècle sous le sable, le sphinx faisait partie du décor du film "Les Dix Commandements".

Un sphinx. En Californie, oui. Des archéologues l'ont déterré en novembre des sables de côte californienne où il était enfoui. Mais il n’est pas question ici de vestiges de la civilisation égyptienne, il s’agit en fait d’une partie du décor du film muet “Les Dix Commandements”, sorti en 1923.

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Pendant dix jours, les archéologues se sont armés de pelles et de pinceaux pour déterrer l’objet, situé dans les dunes de la ville de Guadalupe, au nord-ouest de Los Angeles. C’est le site Quartz qui raconte cette histoire et publie un (joli) reportage vidéo sur le sujet :

Certes, ce sphinx est un décor de cinéma en plâtre, et il est loin d’être aussi ancien que son cousin égyptien de Gizeh. Mais l’animal mythologique est le témoin d’une œuvre cinématographique colossale.

Ce sphinx faisait partie du décor du film “Les dix commandements”, réalisé en 1923 par Cecil B. DeMille. Pour les besoins de sa production, le réalisateur américain fit construire l’un des plus grands décors jamais vus à l’époque, comprenant une porte de 40 mètres de hauteur agrémentée de 21 sphinx.

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Le décor du film "Les Dix Commandements" de 1923
Dunes Center

Si l’excavation a pris autant de temps, c’est en partie parce que le site est le lieu d’habitat naturel de plusieurs espèces d’oiseaux protégés depuis 1970, explique le Lampoc Record

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Dunes Center

Mais si le sphinx n’est déterré qu’aujourd’hui, c’est également parce que les décors ont été considérés comme “perdus” par Hollywood pendant près de 60 ans. Ce n’est qu’en 1983, racontait Libération, que le réalisateur Peter Brosnan s’en est rendu compte, en lisant cette phrase dans la biographie de Cecil B. DeMille : "Si dans 1 000 ans des archéologues se retrouvent à creuser dans les sables de Guadalupe, j’espère qu’ils n’iront pas clamer le fait que la civilisation égyptienne s’étendait jusqu’à la côte Pacifique."

Peter Brosnan avait, à l’époque, essayé de déterrer lui-même les trésors laissés par Cecil B. DeMille. Sans succès, l’artiste en avait même tiré un documentaire "The Lost City of DeMille”. Son équipe avait fini par retrouver un autre sphinx, mais celui-ci, en très mauvais état, s'était désintégré en 2012.

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Dunes Center

Un abandon mystérieux

Reste à savoir pourquoi ces décors de cinéma se sont retrouvés enterrés dans le sable californien. D’après Doug Janzen, le directeur du Dunes Center qui supervise le projet, deux théories circulent sur le sujet. La première voudrait que Cecil B. DeMille n’ait tout simplement pas eu les moyens de démonter ses décors une fois le tournage terminé. La deuxième, plus séduisante, raconte que le réalisateur, en control freak, aurait voulu éviter que ses décors monumentaux ne soient utilisés par d’autres productions.

Le sphinx qui vient d’être déterré devrait être exposé au Dunes Center dans quelques mois, après restauration. Si sa valeur historique n’est pas forcément évidente, l’objet témoigne d’une époque révolue d’Hollywood, pendant laquelle des sommes colossales étaient investies dans la construction de décors de cinéma. Le sphinx aurait probablement été réalisé en images de synthèse si Cecil B. DeMille avait tourné son film en 2017.

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Dunes Center

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