Le jeu propose d'incarner une fillette de 13 ans, vendue par ses parents et forcée à travailler comme esclave sexuelle. Une situation encore trop répandue dans le pays asiatique.

Jouer avec le trafic d’êtres humains, une idée incongrue ? Et pourtant, c’est ce que propose un nouveau serious game, dont le but est de nous faire prendre conscience de l’ampleur du phénomène qui touche de nombreux enfants en Inde.

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Ce jeu, appelé (UN)TRAFFICKED est disponible gratuitement en ligne, en anglais et en hindi. Développé par la Fondation pour l’enfance du Prix nobel de la paix Kailash Satyarthi, celui-ci vous met dans la peau d’une enfant de 13 ans qui est envoyée à un inconnu par sa famille, trop pauvre pour être capable de s’occuper d’elle. 

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Kailash Satyarthi Children’s Foundation

Le jeu, une sorte de "choisissez votre propre aventure", suit la vie de la fillette, forcée à travailler dans un salon de massage contre son gré. Plutôt glaçante mais très bien réalisée, l’expérience met également le joueur dans la peau d’autres personnages, comme un agent de police indifférent au sort de la fillette ou un client du salon de massage. L’œuvre permet de se rendre compte du système qui permet à des milliers d’enfants indiens d’être enlevés de leur famille et réduit en esclavage.

"Une des principales explications du trafic de mineurs est que beaucoup d’entre nous choissent d'ignorer le problème ou décident de ne pas nous en préoccuper", explique Aditi Mukherji, un porte-parole de la fondation Kailash Satyarthi à Quartz. "Nous espérons parvenir à toucher de nombreuses personnes en Inde grâce à ce jeu, de parents habitants à la campagne, en passant par de jeunes urbains ou la police".

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The Kailash Satyarthi Children’s Foundation

Le trafic d’enfants est un sujet encore tabou en Inde. Comme l’explique le site Quartz, malgré des lois strictes sur le sujet, le Bureau National des Crimes a enregistré 6 877 plaintes touchant au trafic d’être humains en 2015. Une large partie de ces victimes sont des filles âgées de moins de 18 ans, dont la plupart sont vendues comme esclave sexuelles.

La stratégie de pédagogie du serious game semble en tout cas porter ses fruits. D’après la fondation, le jeu a été joué plus de 110 000 fois depuis son lancement en octobre dernier. Les équipes prévoient désormais de traduire le projet dans de nombreux langues régionnales, avec pour but d’informer un maximum de personnes. Mais pour l’ONG une simple prise de conscience ne réglera pas le problème, il faudra aussi changer les lois indiennes sur le sujet, pour l’instant jugées peu précises et trop complexes.

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