Dans quelques jours, l'équipe de France d'"Overwatch" s'envolera pour la Chine et les phases finales de la coupe du monde. On a rencontré deux de ses membres qui se voient comme des sportifs complets, et qui en veulent

Ils sont plutôt fringants dans leurs polos rouges et bleus siglés du coq national. Le "6 de France", l'équipe de France d'"Overwatch", a donné cette semaine un showmatch en petit comité à l'e-sport Arena de Webedia. Quoi, il existe une équipe nationale d'e-sport ? Oui. Même qu'ils s'apprêtent à s'envoler pour Anaheim, chez l'Oncle Sam, pour défendre les couleurs du béret et de la baguette lors de la coupe du monde d'"Overwatch", du 2 au 5 novembre. Aux armes, Overgeeks !

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Mais nos six garçons dans le vent (pardon) ont un petit problème. Voire même un gros problème. En juillet dernier, ils se sont rendus à Shanghai pour les phases de poule de cette "World Cup" organisée pour la deuxième fois par Blizzard, développeur et éditeur du jeu. Dans la mégalopole chinoise, 32 nations se sont sauvagement affrontées dans une violente bataille e-sportive.

Et les Français, après avoir mis des quiches aux Argentins, aux Thaïlandais et aux Danois, ont finalement réussi à se qualifier face à la Norvège (3-0). Mais cette fois, à Anaheim, ce ne sera pas la même e-mayonnaise : ils devront battre les Chinois, puis les Coréens ou les Américains, pour parvenir en finale. "On est tombés sur la poule de la mort. En fait, il va falloir gagner la coupe du monde 3 fois", explique KnOxXx, alias Jean-Louis Boyer (ou l'inverse), main tank de l'équipe (la grosse brute), à Mashable FR. Bon, en fait, ça va pas être si simple de "manger" leurs adversaires.

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Troma (gauche) et KnOxXx (droite), avant le showmatch.
Florent Paret/Warning Up

Porter les couleurs nationales, sans pression

On vous refait le topo. "Overwatch", c'est ce jeu de tir multijoueur en arène, en équipe, lancé en mai 2016. Un an et demi plus tard, il réunit plus de 35 millions de joueurs. C'est sans aucun doute l'un des pros gros succès commerciaux de ces dernières années, et l'un des principaux jeux e-sport du moment.

De ce côté-là, Blizzard a bien joué son coup, puisque c'est aussi le premier jeu à véritablement réunir des équipes nationales autour d'une coupe d'ampleur internationale. Mais comme il n'existe pas de véritables fédérations d'"Overwatch" pour le moment, ils ont dû inventer un processus de sélection un peu particulier. Pour faire simple, Blizzard a sélectionné une dizaine de personnalités et meilleurs joueurs d'"Overwatch" dans chaque pays, puis la communauté française du jeu a voté pour en choisir trois, qui représentent le comité national. Ce comité, constitué en France de Troma, Degun et Alphacast, a ensuite mis sur pied une équipe.

Même si les Français ont dû subir de plein fouet la dissolution de la fameuse équipe Rogue, dont la majorité des joueurs français étaient issus – on vous laisse aller ici pour le détail –, ils alignent une team nationale qui se connaît très bien. "On est préparés, on a déjà fait beaucoup d'événements internationaux. Là, la différence, c'est qu'on représente la France. C'est forcément une autre dimension, qui apporte un peu plus de pression, mais aussi de prestige",  nous explique KnOxXx. "On s'entraîne sur une moyenne de 6 à 8 heures chaque jour, sur des blocs de deux heures. Ensuite, on va avoir, avant ou après, des blocs d'analyse pendant 1 à 2 heures, où on va parler de notre stratégie, mais aussi de celle des adversaires."

Concrètement, les Chinois, est-ce qu'ils sont difficiles à surclasser ? "C'est une des meilleures équipes du tournoi. Ils peuvent avoir le titre, s'ils nous battent (...). On appréhende beaucoup, on regarde toutes leurs stratégies. De ce qu'on a vu, ils sont très fort sur les compos dive", explique le tank. En langage "Overwatch", une composition dive, c'est une équipe très agressive, constituée de héros et de flankeurs – qui, comme son nom l'indique, contournent l'adversaire et le titillent par les flancs du combat – capables de rentrer et sortir très vite de la mêlée.

Les Français, eux, devront diversifier leurs stratégies pour éviter certains écueils observés à Shanghai, et surprendre leurs adversaires. "On a montré que stratégiquement, on était parfois peu flexibles, assez faibles, qu'on faisait trop souvent la même chose. Là, on va essayer d'innover, de montrer plus de diversité", poursuit KnOxXx. En fonction des différentes maps, il faudra donc utiliser à bon escient le teamplay tout en essayant d'être le plus imprévisibles possible.

Overwatch World Cup/Blizzard/Romxi

#AvecLe6, une affaire qui roule

Il faut dire que, s'ils échouent à ramener la coupe à la maison, l'équipe de France d'"Overwatch" sera exilée sur l'île de Sainte-Hélène pour y périr dans la solutide, avec pour seule distraction la possibilité de jouer à "Paladins" (l'alter ego maléfique d'"Overwatch") avec une connexion Wi-Fi limitée.

On déconne, mais les joueurs ont mis sur pied une petite entreprise dont les fans attendent beaucoup. Troma, membre du comité et tête pensante de la stratégie de communication de l'équipe, nous raconte : "Le fait d'avoir un projet comme #Avecle6, c'est assez inédit. On ne pensait pas avoir cet engouement. On reçoit énormément de fan art et de soutien. Le fait d'avoir un logo, un hashtag, un Discord, un maillot que nous avons créés nous-mêmes, ça a conduit à un sentiment d'identité autour de l'équipe. Du coup, les gens sont beaucoup plus investis dans le projet."

#AvecLe6, référence assumée à l'équipe de rugby nationale, a même atteint les tops trends de Twitter, lors des phases de poule de Shanghai. Ce mois-là, leur site a aussi atteint les 100 000 visiteurs uniques, affirme également Troma. Petit à petit, l'équipe s'offre une crédibilité. Le soutien du secrétaire d’État Mounir Majhoubi, porté par le député Denis Masséglia, a également permis de donner du poids au projet.

Troma est le seul de l'équipe à avoir conservé un métier à côté de l'e-sport, dans le community management, d'où son habileté à créer un engouement autour du 6 de France. KnOxXx, lui, vit entièrement des revenus liés à "Overwatch", après avoir été pianiste durant plusieurs années. Mais ils sont tous les deux d'accord sur l'envie de casser les barrières de l'e-sport pour en faire une discipline olympique.

"L'objectif du 6 de France est aussi d'abaisser les barrières entre l'e-sport et le sport traditionnel. Vraiment, que les gens deviennent, au lieu d'être des spectateurs Twitch, des supporters", explique Troma, qui observe désormais des drapeaux français lors des événements de l'équipe. "Désormais, l'e-sport s'est démocratisé et professionnalisé. On arrive maintenant à entrevoir son avenir, ça commence à se dessiner. Tout le schéma qu'on a mis en place avec le 6, on voit aussi qu'il peut coller aux JO", conclut KnOxXx, qui imagine bien des "JO de l'e-sport" en parallèle de ceux d'été et d'hiver.

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On leur souhaite donc de larges victoires. Parce que TOUT le futur de l'e-sport français repose sur leurs épaules et que, s'ils échouent, ce sera la fin des e-spoirs de l'e-sport aux JO. Au minimum. 

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Alphacast durant le showmatch.
Webedia/Benjamin Martinet

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