Cinéma, séries, BD... Ils rodent dans tous les recoins de notre culture, sans jamais s’essouffler, depuis maintenant plusieurs décennies. Mais quel est leur secret de jouvence ? La série documentaire "Tous Zombies" a tenté de le percer.

Ils ont repris du service dimanche 22 octobre dans la saison 8 de "The Walking Dead", vont être sur-sollicités pour Halloween, et ont déjà commencé à défiler dans plusieurs grandes villes de France lors des Zombies Walk annuelles, grands défilés de rue où les slogans sont remplacés par des grognements. Pour sûr, l’actualité est chargée cet automne pour les zombies.

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Mais pourquoi, près de 50 ans après ses premières titubations au cinéma dans "La Nuit des morts vivants" de George Romero (on s’accorde à attribuer à ce classique de 1970 la paternité du zombie "moderne", bien que la figure du mort-vivant existe depuis le XIXe siècle), le zombie a-t-il toujours autant la côte ? Et comment parvient-il à susciter encore la peur après toutes ces années de service ? Voilà les questions auxquelles Dimitri Kourtchine, réalisateur du documentaire "Révolution VHS", a tenté de répondre dans "Tous Zombies", web-série en 13 épisodes produite par Arte Creative.

Pourtant, avant de scruter ce cadavre animé à la loupe, Dimitri "n’y connaissait strictement rien en films de zombies". "J’ai décidé de me lancer sur le sujet lorsque j’ai appris que Jared Kushner, conseiller et gendre de Donald Trump, avait eu l’idée de diffuser les spots de campagne de son beau-père liés aux questions d’immigration pendant les coupures pub de 'The Walking Dead'", explique-t-il à Mashable FR. "À ce moment-là, je me suis dit qu’il y avait peut-être encore des raisons de passer une énième fois au crible ce monstre si populaire."

Dans chaque épisode de 4 à 12 minutes, Dimitri Kourtchine fait en réalité plus parler le zombie qu’il ne parle de lui. Mais que peut bien raconter de corps en putréfaction déserté de toute forme de conscience ? Il relève nos angoisses, bien sûr. Car depuis sa naissance quasi-hasardeuse sous l’œil d’un Romero encore jeune et fauché, jusqu’à sa transformation en entité nuisible (et clownesque) à réduire en charpie dans le jeu mobile "Plantes contre zombies", il imbibe sans broncher, à la manière d’une éponge desséchée qui ne demande qu’à boire, tous les maux de notre société : racisme, surconsommation, épidémies, surpopulation, violence... Après tout, puisqu’il est à moitié mort – un sort qui lui ôte toute forme d’humanité –, il peut bien endosser le pire sans éveiller chez nous la moindre once de culpabilité ?

Il imbibe sans broncher, à la manière d’une éponge desséchée, tous les maux de notre société

Son récit d’outre-tombe, Dimitri Kourtchine l’a découpé à la fois chronologiquement et par grands thèmes. Une manière judicieuse de nous faire comprendre que ce revenant poisseux s’est immiscé dans tous les recoins du monde contemporain – et jusque dans la communication politique, donc. Mais cette analyse pertinente, étayée par les spécialistes du genre, nous apprend aussi nombre d’anecdotes qui feront le plaisir des cinéphiles : on découvre par exemple qu’avec son film "Braindead", tourné en 1992 en Nouvelle-Zélande, Peter Jackson aura créé une pénurie locale de sirop d’érable tant les litres de faux sang ont coulé le plateau (le sirop d’érable est parfois utilisé comme base de ce type d’artifice). Ou encore qu’il aura suffi aux créateurs du jeu vidéo "Carmageddon", sous le feu des critiques pour la violence de l’"intrigue" (le principe est d’écraser avec sa voiture le plus de monde possible), de remplacer le sang rouge des piétons par du sang vert de zombies pour adoucir les mœurs.

"Tous Zombies", c’est aussi l’une des dernières interviews de George Romero, grand maître du cinéma d’horreur décédé le 16 juillet dernier à l’âge de 77 ans. Au risque d’en dire trop, je vous laisse regarder en ce week-end pré-Halloween ce documentaire qui divertit autant qu’il nous creuse la cervelle. Miam.

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Un extrait de l'interview de George Romero.
"Tous zombies"/Artr Creative.

"Tous zombies" de Dimitri Kourtchine, disponible en streaming sur Arte Creative, en 13 épisodes.

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