Harvey Weinstein aurait harcelé et violé de nombreuses femmes depuis les années 1990. Mais il aura fallu attendre 2017 pour que deux journalistes du New York Times puis Ronan Farrow osent révéler des secrets que le tout-Hollywood connaissait.

"Harvey Weinstein a acheté le silence de celles qui l’accusaient de harcèlement sexuel pendant des dizaines d’années". Les journalistes Jodi Kantor et Megan Twohey ont mis le feu aux poudres avec cette enquête publiée sur le site du New York Times le 5 octobre, puis le lendemain dans une version papier. Mais alors qu’elles n’évoquaient "que" des plaintes pour harcèlement sexuel, le New Yorker publiait dans la foulée une très longue investigation en dix chapitres qui dresse un portrait bien pire d’Harvey Weinstein : les témoignages de trois femmes, parmi lesquelles l’actrice Asia Argento, accusent de viol l’Américain de 65 ans.

Rose Mc Gowan, Gwyneth Paltrow, Angelina Jolie ou encore Emma De Caunes font partie, depuis les années 1990, de la triste longue liste des victimes du producteur de "Shakespeare in love", "Gang of New York" ou "Pulp Fiction" parmi tant d’autres blockbusters. Tandis que Matt Damon et Russell Crowe feraient partie de ceux qui ont longtemps protégé Harvey Weinstein, n’hésitant pas à faire pression sur une journaliste qui enquêtait déjà sur l’affaire en 2004. Pourtant jamais ces stars à la parole largement relayée n’en avaient parlé en public.

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"Seul Ronan Farrow, le fils de Woody Allen et Mia Farrow, en conflit ouvert avec le monde du cinéma pour son refus de condamner le mariage de son père avec sa sœur adoptive, pouvait probablement réussir à briser la loi du silence qui sévit, selon lui, à Hollywood sur les abus sexuels", commente Corine Lesnes dans Le Monde. Car oui, l’auteur de cette longue enquête de dix mois, riche de plus d’une dizaine de témoignages accablants, et publiée dans les colonnes du New Yorker, n’est autre que Ronan Farrow.

Contre la "culture de l'impunité" autour de son père

Né en 1987 de l’union de l’actrice Mia Farrow et du réalisateur Woody Allen (à moins qu’il ne soit en fait le fils de Frank Sinatra, comme le suggérait sa mère dans Vanity Fair en 2013), Ronan Farrow a été avocat, porte-parole de l’Unicef pendant la crise du Darfour et conseiller spécial auprès de Barack Obama et Hillary Clinton. Écrivain et donc aussi journaliste, c’est pourtant plus pour son histoire familiale que pour sa carrière que le grand public entend parler de lui. Car Ronan Farrow a coupé les ponts avec son père et n’hésite pas à dire tout haut tout le mal qu’il pense de lui.

"Ont-ils évoqué la fois où une femme a publiquement confirmé qu'il l'avait agressée à 7 ans ?"

En 2012, le jour de la fête des pères, Ronan Farrow tweetait : "Bonne fête des pères. Ou, comme on dit dans ma famille, bonne fête des beaux-frères", faisant référence au mariage de Woody Allen avec Soon-Yi, fille adoptive de Mia Farrow et donc demi-sœur de Ronan. En 2014 ensuite, le jeune homme remettait sur le tapis le témoignage longtemps étouffé de sa sœur, Dylan Farrow, sexuellement abusée par Woody Allen. "J'ai raté l'hommage à Woody Allen – ont-ils évoqué la fois où une femme a publiquement confirmé qu'il l'avait agressée à 7 ans avant ou après avoir cité Annie Hall ?", commentait-il sur Twitter alors que son père recevait un Golden Globe d’honneur pour l’ensemble de son œuvre.

Depuis, Ronan Farrow n’a de cesse de briser la loi du silence qui règne à Hollywood. L’année dernière, en mai 2016, Ronan Farrow dénonçait la "culture de l’impunité qui entoure son père" dans une tribune au Hollywood Reporter. Il décrivait l’ironie de voir son père se pavaner sur le tapis rouge du festival de Cannes devant toutes les caméras du monde sans que "personne ne lui pose de question gênante", lui qui n’a jamais été jugé ni condamné.

Des révélations sous pression

Comme de nombreux médias avant lui qui avaient enquêté sur les agissements d’Harvey Weinstein, Ronan Farrow a fait l’objet de pressions au cours de son enquête. "J’ai été menacé d’une poursuite judiciaire par Harvey Weinstein en personne", a-t-il confié sur le plateau du Rachel Maddow Show sur MSNBC. Pourtant Ronan Farrow, et le New Yorker, ont tenu bon et ont publié cette enquête, après que les journalistes Jodi Kantor et Megan Twohey du New York Times ont ouvert la voie. Depuis Harvey Weinstein a été licencié par son conseil d’administration et la Weinstein Company envisage de changer de nom. Chaque jour, de nouvelles voix féminines osent ajouter leurs témoignages pour mettre fin au règne de la loi du silence.

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