Le fondateur du célèbre magazine érotique Playboy Hugh Hefner s'est éteint mercredi dans son manoir, à l'âge de 91 ans. Mais au-delà de son image d'un homme qui aimait les femmes, il se battait également pour leurs droits.

C’est via le compte Twitter de Playboy que la nouvelle a été annoncée au monde. Hugh Hefner, fondateur du célèbre mensuel de charme est décédé mercredi 27 septembre à l’âge de 91 ans. Le tweet contenait une photo de l’Américain et sa fameuse citation : "La vie est trop courte pour vivre le rêve de quelqu’un d’autre." Célèbre pour sa tenue d'intérieur en satin rouge, Hugh Hefner s'est construit seul une carrière qui n'a jamais cessé de tourner autour de la Femme avec un grand F.

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Playboy débarque dans les kiosques le 1er décembre 1953. Marilyn Monroe est en couverture. Ce "divertissement pour hommes", comme il s'auto-proclame, se vend alors à plus de 50 000 exemplaires en quelques semaines. La légende est née.

Les femmes en tenues légères y sont évidemment l'élément le plus accrocheur, qui choque les mentalités, mais Hugh Hefner n'hésite pas à évoquer d'autres thématiques dans sa revue mensuelle : l'architecture, la société ou encore le design.

Le mantra de Playboy est l'hédonisme destiné aux hommes. Ce sont les femmes qui y figurent qui poussent à l'acte d'achat mais leur corps est désormais utilisé pour faire passer un message, des revendications. Et plus de soixante ans après la création de la revue, un débat fait toujours rage : peut-on dire que Hugh Hefner est une figure féministe, ou qu'il incarne tout son contraire ? 

La playmate : être une femme autrement

En 1953, le maccarthysme régit les foyers américains et l’idéal de la famille façon "pavillon en banlieue" est à son paroxysme. La femme au foyer est une épouse, parfois une mère, souvent une excellente ménagère. "La Femme mystifiée" de la féministe Betty Friedan n'est pas encore paru, et les publicités pour l'électroménager ne laissent aucun autre rôle possible au "sexe faible". 

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Une publicité américaine, 1959.

Playboy montre pour la première fois au grand public la femme sous un autre angle. Elle devient un objet de séduction, une personne désirable mais intouchable, le centre de l'attention. En choisissant de faire poser des femmes en couverture, Hugh Hefner en fait des objets, certes, mais il les met en lumière, les sexualise et leur confère un certain pouvoir qu'elles n'avaient pas auparavant. C'est un premier pas vers la possibilité de sortir du rôle prédéfini dans lequel elles étaient jusqu'alors cantonnées. 

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La couverture du Playboy de juillet 1969.

"Le sexe est la force dirigeante de cette planète. Nous devrions l’étreindre, pas la voir comme une ennemie", déclare en 2007 le patron de Playboy dans une interview pour Esquire. En effet, Hugh Hefner ne perçoit que le féminisme à travers le sexe. Pour lui, "les femmes ont été les premières bénéficiaires de la révolution sexuelle, qui leur a permis de devenir des êtres naturellement sexuels, comme les hommes le sont. C’est là que le féminisme aurait dû s’engager. Malheureusement, il y a eu dans le féminisme quelque chose de puritain, de prohibitif et de complètement antisexuel". Avec ces mots, il s'attirera les foudres du Women's Liberation Movement en 1974, comme on peut le voir dans cette vidéo

D'autres voix s'élèvent pour remettre en cause ses pratiques. Gloria Steinem, une journaliste féministe, ira jusqu'à intégrer son manoir Playboy sous une fausse identité. Son reportage gonzo, "A Bunny's Tail", dénoncer les conditions de travail déplorables qui ont cours chez Hugh Hefner.

Le droit à la contraception, à l'avortement et à la liberté 

"Dans les années 50 et 60, la contraception était toujours interdite dans certains États donc j’ai commencé à financer des affaires judiciaires pour contrer cela (…) J’étais féministe avant que le féminisme lui-même n'existe vraiment, c’est un pan de l’histoire que peu de gens connaissent", raconte Hugh Hefner dans une interview accordée au magazine Esquire en 2007. 

En 1965, Hugh Hefner fonde la Fondation Playboy, une sorte de prémisse de planning familial informant les femmes au sujet de l'avortement, des aides en cas de viol ou encore donnant accès à la contraception.

Non content d'avoir contribué à la libération sexuelle, le créateur de Playboy s'investit aussi très largement du côté des pro-avortement : en 1967, le magazine donne la parole au Dr. Allen J. Moore, un professeur d'éducation religieuse pro-avortement dans une longue interview. Playboy devient alors l'un des canaux d'expression des luttes sociales. 

Derrière les playmates dénudées, qui resteront au fil des années l'argument principal de vente, les combats féministes s'enchaînent et sont médiatisés à l'échelle internationale. Une façade sexy qui en profite pour parler de thématiques très taboues, voilà comment la Femme de Hugh Hefner doit mener ses batailles : séduire pour attirer l'attention, captiver pour enfin se faire entendre. 

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Détail d'une couverture Playboy évoquant l'avortement.

La vie de Hugh Hefner a été centrée autour du sexe, du désir, et d'après lui, "vivre une vie qui en vaut vraiment le coup, c’est d’être attiré et attirer d’autres personnes". Sa vision du féminisme a été paradoxale tout au long de sa vie, mais finalement puissante puisqu'en érigeant les femmes au statut d'objet icônique, il leur a conféré un pouvoir inédit jusqu'alors. 

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