Alors que le mastodonte Netflix continue d’étendre ses tentacules sur le marché de la vidéo à la demande aux milieux d’acteurs de plus en plus nombreux, trois Français prennent le pari de faire vivre une nouvelle plateforme nommée e-cinema.com.

Après un faux départ à Cannes, Frédéric Houzelle, Roland Coutas et Bruno Barde ont choisi le festival américain de Deauville pour révéler les grandes lignes de leur plateforme qu’ils définissent d’entrée comme un "complément de la salle de cinéma". Car pas question de braquer l’industrie du cinéma français, et surtout pas les exploitants qui avaient montré les crocs lors l’arrivée de Netflix en compétition à Cannes. Les trois hommes ne diffuseront sur e-cinema.com que des films étrangers laissés de côté par les salles de cinéma françaises – s’affranchissant au passage de la sacro-sainte chronologie des médias qui complique régulièrement la vie à Netflix ou Amazon.

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À partir du 20 octobre, la plateforme mettra en ligne un nouveau film chaque vendredi à 14 h en exclusivité. Ces 52 nouveautés à l’année s’ajouteront au fur et à mesure à un "petit catalogue de base d’une vingtaine de films eux aussi jamais diffusés en France". C’est sûr que le volume est infime à côté des catalogues à rallonge de certains concurrents, mais les fondateurs veulent justement en faire leur marque de fabrique avec une "ligne éditoriale forte". A priori pas de blockbuster ni de comédie romantique grand public sur e-cinema.com (qui eux auront trouvé un Gaumont ou Pathé pour les diffuser), mais plutôt des films indépendants souvent restés réservés aux yeux des professionnels dans les festivals de Venise, Los Angeles ou Marrakech.

Un catalogue pointu

S’il y a de plus en plus de salles de cinéma en France (2 044 cinémas pour plus d’un million de fauteuils en 2016 d’après le CNC), elles sont surtout concentrées dans les zones urbaines et restent plutôt frileuses sur leurs choix de films, logique de rentabilité oblige. Alors le vrai atout du français e-cinema.com sera de rendre enfin accessible le cinéma indépendant et de genre à ceux qui le souhaitent, sans qu’ils aient besoin de faire des dizaines de kilomètres en voiture pour rejoindre l’unique salle d’art et d’essai du coin. Pour attirer sur le web les cinéphiles pointus (et parfois un peu old school, disons-le), e-cinema.com promet "aucune publicité - ni avant, ni pendant, ni après les films" et proposera de la VF sur tous ses contenus, venus des quatre coins du monde.

"L’essentiel est que la culture ne disparaisse pas"

Reste à savoir si la plateforme française trouvera son public. Bruno Barde, directeur artistique de e-cinema.com, et ses collaborateurs en charge des acquisitions sont allés piocher dans le cinéma scandinave, japonais, espagnol ou italien auquel le grand public est rarement exposé. Le succès iranien "Paradise", le thriller "Killing Ground" salué au festival de Sundance 2017, "Outrage Coda" de Takeshi Kitano présenté en clôture de la Mostra de Venise, ou encore "My Friend Dahmer" en compétition au festival américain de Deauville font partie du line-up des prochaines semaines. "Un cinéma particulier" qui ne parlera peut-être qu’aux cinéphiles avertis. À moins que d’autres soient tentés de le découvrir en un clic, sur l’écran de leur iPad. "Je préfère que mon fils lise Proust sur une tablette plutôt qu’il ne le lise pas du tout", se défend Bruno Barde, "l’essentiel est que la culture ne disparaisse pas. Alors tout moyen de multiplier la diffusion d’une œuvre est une chance."

2 millions d'euros de production par film

À partir du 20 octobre, les internautes pourront se connecter sur la plateforme e-cinema.com en desktop ou sur des applis Apple TV, iPhone et iPad. Les applications sur Android et Chromecast devraient suivre avant la fin de l’année. Il faudra débourser 5,99 euros pour voir un film à l’unité (et en replay pendant 5 jours) ou 9,99 euros par mois pour un abonnement illimité à tout le catalogue. La plateforme diffusera aussi chaque vendredi un magazine hebdomadaire de 26 minutes présenté par Audrey Pulvar. À l’horizon 2019, e-cinema.com prévoit aussi d’investir dans la production, exclusivement française cette fois. Les réalisateurs Bruno Dumont ou Benoît Jacquot pourraient être parmi les premiers à tourner pour la plateforme, pour un budget "entre 1,5 et 2,5 millions d'euros" – bien en-dessous du coût moyen de 4,74 millions d'euros estimé par le CNC.

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