Prévu pour octobre prochain, "Path Out" propose de faire vivre au joueur l'épopée de Karam Abdullah, jeune Syrien réfugié en Turquie après avoir quitté son pays. Une manière didactique et drôle d'aborder la guerre et la situation des réfugiés.

"Path Out" est un RPG et un jeu d'aventure qui ne ressemble à aucun autre. Si son esthétique réveille la nostalgie de l'ère du 16-bits, son objectif réside ailleurs. Basé sur l'histoire réelle du designer Karam Abdullah, un réfugié syrien ayant fui son pays en guerre pour la Turquie, "Path Out" entend "raconter d'une manière différente la crise des réfugiés à travers la perspective d'un personnage", explique dans un communiqué le développeur allemand, Georg Hobmeier, des studios indépendants de Causa Creations.

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Si le jeu complet ne sortira qu'en octobre prochain, le premier épisode est d'ores et déjà disponible en démo sur Itch.io, avec pour point de départ une sombre forêt du nord de la Syrie. Le pitch : le personnage principal vêtu d'un tee-shirt jaune s'est perdu, alors qu'il tente de fuir le pays clandestinement. Et peu importe l'endroit où il souhaite se rendre, la mort le guette partout. Il va devoir traverser des champs de mines et éviter des soldats pour arriver à bon port.

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: SCREENGRAB/CAUSA CREATIONS

Tout au long du jeu, le véritable Karam Abdullah intervient en personne, dans des messages vidéos pré-enregistrés qui prennent la forme de fenêtre pop-up et viennent troller le joueur. "Tu viens de me tuer là", raille par exemple Karam à chaque plantage. Ce qui apporte un ton léger, parfois très drôle, au contexte pesant du jeu.

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Rompre les stéréotypes et valoriser le point de vue d'un concerné

Sans trop spoiler les potentiels joueurs, un flashback s'opère à moment donné et nous fait revenir à l'année 2011, lorsque Karam Abdullah est chez lui, à Hama, dans le centre de la Syrie, lorsqu'une panne de courant se produit. Début de la guerre civile.

Le joueur s’en va alors explorer son quartier plongé dans le noir, son parcours étant rythmé par les réactions vidéo de Karam qui en profite pour détruire les stéréotypes. La maison de la famille Abdullah ne ressemblait pas aux traditionnelles maisons à l’architecture arabe typique, mais plutôt à une bâtisse moderne dénué d'exotisme. Non sans ironie, Karam en personne invite alors le joueur à "admirer les clichés" associés aux villes syriennes. "Et non ! Nous n’avons pas de chameaux qui se baladent dans les rues en Syrie, juste des places touristiques. Sérieusement les gars, stoppez le racisme", déclare-t-il dans l’un des messages vidéo.

"Non, nous n’avons pas de chameaux qui se baladent dans les rues"

Comme l’expliquent Georg Hobmeir et Karam Abdullah, ce système de commentaires enregistrés permet de nourrir un seul et même point de vue sur le conflit syrien, celui d’un concerné. Les développeurs sont ainsi déchargés des tensions et du malaise qu’ils peuvent ressentir lorsqu’ils essaient de créer une fiction sur la base d’une expérience personnelle aussi sensible. "Évidemment, même les membres de l’équipe avaient leurs propres conceptions sur comment la Syrie devait être représentée dans le jeu. Au lieu d’uniformiser cet élément, nous avons décidé de mettre en lumière ces tensions", explique à Mashable Georg Hobmeier.

Les interventions de Karam Abdullah offrent également des sortes de parenthèses censées permettre à la  réalité de s’exprimer ponctuellement, et rappeler au joueur que "s’il ne s’agit que d’un jeu, le personnage principal est lui une personne bien réelle".

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Georg Hobmeier avait déjà travaillé sur des jeux vidéo abordant la thématique des migrants, comme dans "Frontiers" ou "From Darkness". Le développeur a rencontré Karam Abdullah lors d’une manifestation culturelle à Salzburg, en Autriche. Ensemble, ils ont eu l’idée d’associer la tragique histoire du jeune réfugié à son désir de travailler dans le secteur des jeux vidéo.

Après avoir recruté l’illustrateur américain Brian Main, ils se sont mis d’accord sur le format d'un jeu de rôle. Le choix s’est imposé naturellement, au vu des précédents projets de Hobmeier et de l’intérêt que portait Karam à l’esthétique des jeux japonais, comme les premiers "Final Fantasy". "Nous voulions trouver le mélange parfait entre l’architecture syrienne et le pixel art pour former un style spécial", explique le développeur à Mashable.

Ambiance révolutionnaire et répression

Le scénario, très simple et direct, recrée parfaitement le climat de défiance et de suspicion généralisée du début de la révolution. Dès les premières scènes d’ailleurs, le personnage met en garde le joueur contre son voisinage : impossible d’accorder sa confiance, n’importe qui peut être un espion du régime.

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Comme le fait remarquer Edwin Evans-Thirlwel du site Eurogamer, "la perspective perpétuelle de se faire trahir est un des aspects les plus troublants de ‘Path Out’". "Perdu au milieu des bombardements de la jungle d’Alep, avec rien d’autre dans les poches que quelques billets, vous n’avez pas d’autre choix que de vous en remettre aux passeurs."

L'équipe n’en dévoilera pas plus sur les péripéties de Karam, qui a fini par fuir pour ne pas être enrollé dans les rangs de l’armée du régime. "Nous préférons laisser les gens vivre l’expérience de Karam dans les détails à travers le jeu", affirme à Mashable Georg Hobmeier. "Beaucoup d’Européens ne comprennent pas ce que perdre sa maison, vivre une guerre, voir sa vie ébranler par la violence et les atrocités signifie. 'Path Out' a été pensé pour montrer aux joueurs, les plus jeunes en particulier, ce que tout perdre représente."

– Adapté par Majda Abdellah. Retrouvez la version originale sur Mashable.

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