Les joueurs professionnels de jeux de combat misent leur carrière dans des compétitions titanesques à travers le monde. Le documentaire "The Art of Street Fighting" raconte leur histoire.

Il y a quelques siècles, ils auraient pu être des guerriers, des samouraïs ou des vikings parcourant le monde en quête de nouveaux combats. Mais non, ils sont nés en même temps que les jeux vidéo et ont grandi une manette entre les mains, les yeux rivés sur l’écran. En jouant à "Street Fighter", le mythique jeu de combat japonais, ils ont trouvé une passion, voire une obsession. Jusqu’à devenir des progamers, des professionnels de l’e-sport.

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On les surnomme Daigo "The Beast" Umehara, Luffy, Tokido ou Xiao Hai le "Petit garçon". Le moyen métrage "The Art of Street Fighting", écrit par Axel Cadieux et réalisé par Rafaël Levy, raconte l’histoire de leur vie et de leur métier un brin particulier.

Réalisé sous le haut patronage de RedBull, ce documentaire de 52 minutes produit par Franck Annese (SoPress) a été révélé lundi 26 juin, lors d’une avant-première au Max Linder Panorama, à Paris. Le film est désormais disponible et visible gratuitement sur le site web de RedBull et sur celui de Studio+, co-diffuseur du projet.

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Immersion en arène de combat

Il existe de nombreux documentaires sur l'e-sport. Ce mois-ci, Arte a dévoilé une web série en dix épisodes intitulée "L'eSport fait vivre", où chaque opus met en lumière un aspect particulier du domaine. Canal+, qui a également créé le "Canal Esport Club", a produit "Game Fever" en 2016, une plongée dans le monde du jeu en compétition en Corée. On peut également citer le passionnant "The King of Kong", sorti en 2007 et racontant l’histoire des amoureux de "Donkey Kong", ce jeu d'arcade culte sorti en 1981.

"Une simple mise à jour peut tuer toute notre carrière"

Bref. Les documentaires sur le monde du gaming professionnel se multiplient et "The Art of Street Fighting" apporte honnêtement sa pierre à l’édifice. D’abord, le documentaire a le mérite d’être abordable autant pour les passionnés que pour les profanes du versus fighting, ces jeux de combat qui rassemblent des milliers de joueurs en ligne et sur les plateformes comme Twitch.

Grâce à la voix du rappeur Orelsan, qui joue ici le rôle de narrateur, on suit le Français Luffy, les Japonais Tokido et Daigo Umehara ainsi que le Chinois Xiao Hai dans leurs péripéties à travers le monde et trois des plus grandes compétitions internationales, dont la prestigieuse Capcom Cup des États-Unis. Ce sera le fil rouge du film : les victoires et les défaites en compétition façonnent les doutes et les espoirs des progamers.

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La manette est une arme

Dans "The Art of Street Fighting", on voit l’envers du décor, la vraie vie de mecs qui passent au moins 8 heures chaque jour à s’entraîner devant leur console pour être le meilleur. Devenir un champion, remporter un maximum de compétitions de "Street Fighter", c’est pour la gloire, mais aussi pour l’argent. La carrière et la survie des progamers sont conditionnées par cette dimension matérielle et le film ne perd jamais de vue cette réalité.

Ainsi, les joueurs se confient devant la caméra, se demandent où ils en seront dans dix ans et s’ils sont capables de tenir ce rythme effréné encore longtemps. Il y a Daigo "The Beast" Umehara, pionnier de l’e-sport, la quarantaine bien avancée, qui refuse d’abandonner son personnage fétiche, Ryu. Celui-ci est devenu moins fort dans "Street Fighter V", sorti en 2016, qu’il l’était dans le précédent opus. Depuis, Daigo enchaîne les échecs, mais il entretient une relation tellement forte avec son combattant, presque schizophrénique, qu’il hésite à choisir la victoire plutôt que son compagnon de toujours. "Une simple mise à jour peut tuer toute notre carrière", résume-t-il en quelques mots.

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Capture d'écran/RedBull

Il y a aussi Xiao Hai, jeune prodige chinois de versus fighting. Il explique à quel point c’est complexe de devenir un progamer dans son pays et pourquoi il doit d’abord penser aux besoins financiers de sa famille plutôt qu’à la gloire. On le voit notamment vaincre l’insupportable champion américain NuckleDu dans une séquence mémorable. Chaque joueur a ainsi son histoire, ses particularités, ses espoirs. C’est un film sur de véritables athlètes où l’on ressent une dimension presque existentielle dans leur manière d'aborder le versus fighting.

Le côté martial des joueurs, la persévérance du combattant, est parfois excessivement mise en scène dans l'écriture et la réalisation. Ça en devient parfois risible, mais le film ne se prend jamais trop au sérieux. La voix lancinante d’Orelsan et quelques séquences assez drôles y sont pour beaucoup. Côté réalisation, on ressent un croisement d’influence, entre les films d’arts martiaux asiatiques et la science-fiction futuriste. Dans l’esthétique, le réalisateur en fait aussi parfois un peu trop sur l’ambiance sombre, voire cyberpunk. Mais c’est beau et agréable à regarder et, lorsqu’on arrive à la fin des 52 minutes de "The Art of Street Fighting", on en redemanderait volontiers un peu plus.

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