Il y a ceux qui, le week-end venu, "chillent" au soleil ou glandent sous la couette. Il y en a d'autres qui font des combats de sabre laser. On a assisté à la première compétition internationale de ce nouvel art martial un peu geek et plutôt cool.

"Tu vois là, c’est la première fois que je quitte les États-Unis. Et putain, en prenant l’avion pour venir à Paris, je me suis senti comme Han Solo ou Luke Skywalker embarquant dans le Faucon millenium, prêt à partir pour une nouvelle planète et une nouvelle aventure." Taylor a perdu son dernier combat de la journée, mais il pète la forme. Dans son tee-shirt rouge siglé "USA", dégoulinant de sueur, essouflé, il s’allume une clope et lâche un grand sourire. Cet Américain de 26 ans, qui pratique depuis un an, s’est rendu, comme un millier de personnes, à l'Open de France de sabre laser, samedi 10 juin à la Bellevilloise à Paris. Cette première rencontre internationale de la discipline opposait la team Europe à la team États-Unis.

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C’est la Sport Saber League, la ligue sportive de sabre laser française, qui a organisé cet évènement d'une ampleur que l'on aurait difficilement pu imaginer. Durant l’Open de France, la crème des Jedis européens (six Français et un Anglais) affrontait une équipe américaine bouillante, venue pour en découdre et bien se marrer.

Les arts martiaux dans la peau

Les règles de combat au sabre laser sont simples. Quatre arbitres surveillent une arène circulaire où deux personnes échangent des coups. Une touche aux bras ou aux jambes équivaut à un point, tandis que la tête fait gagner deux points et la poitrine trois. Les combats durent trois minutes et à la fin, c’est celui avec le plus de points qui gagne. C'est-à-dire la team Europe.

Cette nouvelle discipline sportive, importée des USA, existe depuis environ deux ans en France. Elle est directement inspirée des arts martiaux et le maniement du sabre laser se compose de sept styles de combat différents. Pour les débutants, on commence avec le Shi-Choo, la "Forme de la Détermination", c’est-à-dire les bases du combat. Ensuite, on peut apprendre le Juyon, la "Forme de la Férocité", fondée sur la puissance de coups aléatoires. Entre les deux, on trouve aussi bien la "Forme de la Persévérance" que celle de la "Concentration", façon maître Yoda. 

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"Tu défends, défends, défends, et ensuite... Pan ! T'attaques, soudainement. Comme Obi-Wan, qui ne combat pas nécessairement pour tuer, mais frappe fort", explique Taylor. "J'ai une technique que je pratique depuis un bon moment, ça s'appelle 'L'œil du guerrier'. Concrètement, au lieu de regarder l'adversaire dans les yeux, je regarde un peu plus sur sa droite, derrière son épaule. Le mec en face, ça le déstabilise, il ne sait pas où je veux en venir. Et moi, je suis dans mon mode calme. Je laisse tomber la pression et je me fie à mon inspiration, à mes intuitions."

"Chez chaque combattant, il y a ce côté quasi spirituel dans le sabre. C'est un truc un peu particulier de choisir et de customiser ton sabre"

C'est peut-être ça, la Force du combattant au sabre laser moderne. Un mélange de disciplines martiales et de combat à l'arme blanche, comme le kendo, l'escrime ou l'épée longue avec un soupçon de philosophie façon "Star Wars". "On peut dire que quand je combats, je me sens inspiré par la Force. Mais pas plus que quand je pratique d'autres sports de combat. 'Star Wars' s'est beaucoup inspiré des arts martiaux, c'est même une exagération des arts martiaux. Yoda, c'est le cliché du vieux maître japonais et la Force, c'est ce qu'on appelle le Qi dans la spiritualité chinoise et japonaise", explique Jean-Baptiste, 32 ans, combattant depuis un an et demi au sabre laser.

Puisse la Force être avec ton sabre

Jean-Baptiste explique pratiquer les arts martiaux depuis une vingtaine d'années. Il pratique aussi le combat avec des armes médiévales, notamment les épées à deux mains qui peuvent peser plus de deux kilos. "Du coup là, les sabres laser de 300 grammes, forcément ça me change", explique-t-il, avant d'enchaîner sur ce qu'il semble aimer le plus dans ce nouveau sport : les sabres. "Il y a beaucoup d'armes différentes du sabre laser classique. La plupart viennent de l'univers étendu et des séries détournées de 'Star Wars', comme les lames incurvées du comte Dooku. C'est très varié, on se permet des trucs parfois. Moi, par exemple, j'ai une hache à double tranchant, directement importée des États-Unis."

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Sur le Web, on trouve pléthore de sites proposant la vente de sabres laser. Certains sont destinés à des usages chorégraphiques, d'autres au véritable combat. Jean-Baptiste nous montre sa dernière acquisition : une hache laser à double tranchant, achetée sur le site SaberForge, où l'on peut trouver un choix vraiment conséquent de lames, de pommeaux et d'accessoires. Lors de l'Open de France de sabre laser, Alexandre, 29 ans, s'était installé un petit stand de rafistolage des sabres abîmés par les combats. Il a monté sa boîte de réparation d'objets électroniques, "Second Life Repair", après avoir rejoint la Sport Saber League. Bien sûr, il ne vit pas que des réparations de sabres, mais ça a été l'impulsion.

"Chez chaque combattant, il y a ce côté quasi spirituel dans le sabre. C'est un truc un peu particulier de choisir et de customiser ton sabre, parce qu'on ne fait pas de la chorégraphie, mais du vrai combat. C'est ton principal allié. Pour moi, c'est ce rapport-là qui pourrait être comparé à la Force", explique-t-il avant de nous présenter la dernière version de sabres utilisés par la team Europe. Le pommeau est en aluminium, le tube en polycarbonate avec une ampoule de couleur à l'intérieur et un bouton sur le manche pour l'allumer. Prix de départ : 149 euros. Les sabres sont vraiment bien faits, ils donnent la sensation, une fois en main, d'avoir une véritable arme entre les mains.

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Jean-Baptiste avec sa hache à double tranchant.
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Au terme de cette journée de compétition qui fut un grand succès en terme d'affluence, avec une ambiance de folie, très bonne enfant, le but est définitivement de faire grandir la communauté des apprentis Jedi. "Je ne pensais vraiment pas qu'il y aurait autant de monde et qu'on puisse faire grandir le combat au sabre laser si facilement. Mais maintenant, c'est le plan. Il faut que les écoles de sabre et les pratiquants créent des connexions pour qu'à la prochaine compétition internationale, on soit encore plus nombreux", conclut Taylor, avant d'écraser sa cigarette et de filer voir la finale du championnat. Où deux compétiteurs européens se sont affrontés et où Sébastien Berard, redoutable compétiteur au sabre rose, s'est imposé face à Amaury Mouthtajjib. 

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