Jusqu’où une fiction peut-elle représenter le mal-être adolescent ? Mise en ligne vendredi 31 mars, sur Netflix "13 Reasons Why" donne lieu à un grand débat sur les réseaux sociaux autour du suicide et de l'impact de sa représentation sur le public.

En abordant les thèmes du suicide, de la dépression et du viol, "13 Reasons Why", nouvelle série Netflix, promettait de briser le tabou autour du mal-être adolescent. En parler, le représenter, le mettre en images... pour libérer la parole et mieux y répondre collectivement ? Sur les réseaux sociaux et la blogosphère, la pluie de réactions prouve bien que la série a la vertu d'initier une saine discussion. Mais ci et là, l'on voit émerger des critiques, notamment formulées par certaines associations de protection de la jeunesse et internautes inquiets, contre un effet de glamourisation du suicide.

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Adaptée du roman de Jay Asher paru en 2007, la série produite par Selena Gomez raconte l’histoire d'une lycéenne, Hanna Baker, qui se suicide et laisse derrière elle sept cassettes dans lesquelles elle accuse certains membres de son lycée d’être responsables de son mal-être l’ayant poussée à se donner la mort.

Le succès attendu est tel qu'à travers le monde, en Australie ou au Brésil par exemple, des associations rapportent déjà avoir vu le nombre d’appels de détresse augmenter, avec des personnes qui se référaient explicitement à la série.

Romantisation du suicide ou libération de la parole ?

Le suicide adolescent. Il faut dire que le thème est sensible et intime ; à ce point d'ailleurs que lorsqu’il est traité par les médias, plusieurs principes de précautions s'imposent afin de ne pas "inspirer" un public fragile. L’OMS émet ainsi une liste de onze recommandations à l’adresse des professionnels des médias. Or, au moins deux d'entre eux sont enfreints par la série :

  • Éviter tout registre de langage susceptible de sensationnaliser ou de normaliser le suicide, ou de le présenter comme une solution
  • Éviter de fournir des détails quant au lieu du suicide ou de la tentative de suicide

"Les diffuseurs ont la responsabilité de savoir que les images qu’ils montrent ont un impact sur leur public, plus particulièrement leur jeune public", rappelle ainsi  dans un communiqué l’association australienne Headspace qui craint de voir le nombre de suicides par mimétisme augmenter avec le succès de la série.

"Ce n'est pas 'je vois donc je passe à l'acte'"

Quatre siècles avant, une autre œuvre avait déclenché une polémique similaire sur la responsabilité des médias face au suicide : la parution du roman de Goethe, "Les Souffrances du jeune Werther" – dans lequel le héros se tire une balle –, avait été suivie d'une vague de suicides en Allemagne. De là à affirmer que la série de Netflix pourrait favoriser une augmentation des suicides chez les adolescents ? "Il y a aujourd’hui une multitude de séries, de films qui montrent des scènes de viols, de meurtre ou de suicide, et ce n'est pas pour autant que des gens qui les regardent vont se mettre à tuer, violer ou se suicider", relativise Frederic Gal, président de l’association Le Refuge. "Ce n'est pas 'je vois donc je passe à l'acte, c'est toujours beaucoup plus complexe'", explique-t-il.

Les associations se mobilisent

Mais là où le bât blesse, c'est que "la série ne présente aucune alternative au suicide, et n’aborde jamais la question des troubles mentaux, et de la dépression", regrette Dan Reidenberg, président de l’association américaine Suicide Awareness Voices of Education interviewé par la chaîne ABC News. En plus d'aborder le suicide dans une fiction envoûtante, la série est accusée d’encourager la culpabilisation des proches et entretient à travers les railleries faites au personnage d’Hanna Baker, le cliché d’après lequel une personne suicidaire est forcément en manque d’attention.

Pour éviter que la mise en scène du suicide n'en inspire certains jusqu'à les convaincre que passer à l'acte peut être romantique, des associations américaines ont commencé à se mobiliser pour aider les spectateurs les plus fragiles. Ainsi, SAVE et Jed Foundation mettent en place des recommandations pour encourager parents et enfants à échanger autour de la série. Parce qu'au-delà des critiques qui lui sont formulées, "13 Reasons Why" a au moins un mérite : ouvrir le débat sur la santé mentale.

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