À l’occasion de la sortie au cinéma du film "Les Figures de l’ombre", inspiré du parcours de trois des premières femmes noires qui ont marqué l’histoire de la NASA, Mashable FR a interviewé le spationaute français Jean-François Clervoy.

"'Star Trek' m’a donné envie d’aller dans l’espace très jeune", confie sans hésiter Jean-François Clervoy. Eh oui, c’est une série télé diffusée dès 1966, aux effets spéciaux plutôt hasardeux, qui a suscité la vocation de l’astronaute français de l’Agence spatiale européenne (ESA) qui a volé trois fois dans l’espace.

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Et si ce jour de février où on l’a rencontré, Jean-François Clervoy a passé la journée à répondre aux questions des journalistes, c’est parce qu’il croit au pouvoir de déclencher des vocations d’un nouveau film sur l’espace : "Les Figures de l’ombre".

En salles le 8 mars en France, ce long-métrage co-produit par Pharrell Williams met les projecteurs sur les parcours de trois femmes noires qui ont marqué l’histoire de la conquête spatiale en pleine ségrégation : la "calculatrice" Katherine Globe, l’ingénieure Mary Jackson et la mathématicienne Dorothy Vaughan. Et raconter les destins dingues mais pourtant méconnus de ces femmes-là – grâce à un trio d’actrices génial et une BO parfaite – pourrait bien participer à un effort vers la parité.

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Octavia Spencer, Taraji P. Henson et Janelle Monae, le trio d'actrices du film "Les Figures de l'ombre".
20th Century Fox

D’ailleurs, la NASA a elle-même largement participé à la campagne promotionnelle autour de ce film, en signant un Space Act Agreement avec les studios 20th Century Fox. Le site de l’agence spatiale américaine dispose désormais d’une page intitulée "From Hidden to Modern Figures" où l’on retrouve les portraits de ces trois femmes, une série de questions-réponses sur la véracité des personnages et de la chronologie du film ou encore un kit éducatif destiné aux élèves de la maternelle au secondaire.

"Ça fait partie de notre job d'aller rencontrer des jeunes dans les écoles"

Car c’est aussi là, dans les écoles, que naissent les vocations. "Ça fait partie de notre job. Si vous regardez la fiche de poste d’astronaute à l’ESA qui est mise en ligne à chaque recrutement", explique Jean-François Clervoy, "il y a ‘consacrer deux à trois jours par mois à des relations publiques et de l’out reach’ c’est-à-dire aller rencontrer des jeunes depuis le primaire, le collège, le lycée, les études supérieures..."

Lors de ces rencontres, l’astronaute insiste sur la possibilité pour tous, femmes autant qu’hommes, de travailler dans le domaine de l’espace. "Il faut que vous choisissiez quelque chose qui vous plaît et il faut que vous soyez excellent dans votre domaine. On a tous un talent, il s’agit de trouver lequel et d’être passionné", prêche le Français de 58 ans.

L'influence du populaire programme Apollo

Et plus les astronautes parlent, plus les médias s’intéressent aux missions spatiales, plus les vocations naissent. Au début des années 1960 aux États-Unis, les courbes du nombre de diplômes de doctorants (PhD) en mathématiques, en physique sont montées en flèche en même temps qu’augmentait le budget de la NASA pour le programme Apollo. "Ça montre que le programme Apollo a passionné toute une génération de lycéens qui ont choisi des matières scientifiques, techniques ou opérationnelles pour faire partie de ce programme", analyse Jean-François Clervoy, "et je pense que ces femmes dans le film travaillent dans le domaine spatial parce que quelque part ça les passionnait, et elles savaient qu’elles avaient un talent qu’elles pouvaient amener dans ce programme. Malheureusement, la ségrégation les a mises dans l’ombre".

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Thomas Pesquet va créer des vocations

Ces derniers mois, on n’a jamais autant entendu parler de la station spatiale internationale grâce (ou à cause, selon les avis) d’un homme : Thomas Pesquet. Depuis son envol le 17 novembre 2016, le spationaute français de 39 ans ne cesse de partager sur Twitter et ailleurs son expérience et ses plus belles photos vues d’en haut. Et forcément, cela plaît aux internautes.

"Je suis sûr que toutes ces activités de Thomas sur les réseaux sociaux vont inspirer. C’est évident", assure Jean-François Clervoy, qui tient tout de même à préciser que non, Thomas Pesquet ne passe pas ses journées à tweeter. "Tim Peake et Samantha Cristoforetti, le Britannique et l’Italienne qui l’ont précédé, c’est pareil dans leur pays. Il y a un engouement énorme, et je suis sûr que ça va créer des vocations pour travailler dans le domaine spatial".

– Montages vidéo Lhadi Messaouden.

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